Temps de travail

Hôpitaux de Paris : première éruption de fièvre syndicale sur les 35 heures

Hôpitaux de Paris : première éruption de fièvre syndicale sur les 35 heures
L’intersyndicale CGT-SUD-FO a quitté au bout d’une heure la première réunion ouvrant le cycle de concertations et négociations sur la remise à plat des 35 heures. Quatre syndicats réformistes rejoignent sa journée d’action prévue le 21 mai.

C’est parti, ou plutôt mal parti ! Martin Hirsch, le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui rencontrait ce mercredi 6 mai après-midi les syndicats pour lancer l’explosif chantier de la remise à plat des 35 heures, a vécu une première poussée de fièvre syndicale. Très prévisible.

L’intersyndicale CGT-Sud-FO, représentant 68% des agents des hôpitaux de Paris, avait déjà annoncé depuis une semaine une journée d’action, le 21 mai, sans doute « sous forme de grève ». Elle a quitté la réunion au bout d’une toute petite heure, après avoir réitéré sa totale opposition au projet.

 « La réorganisation proposée n’est ni négociable ni amendable. Nous réclamons un retrait du projet et la mise en place d’une vraie réduction du temps de travail, qui permette aux agents de prendre effectivement leurs jours de congés. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a expliqué Rose-May Rousseau (CGT), au sortir de la réunion.

La surprise est venue des syndicats réformistes et non-représentatifs au niveau central (CFTC, CFE-CGC, SMPS et Unsa), également réunis en intersyndicale, qui ont annoncé, avant même d’entrer dans la salle, qu’ils se joindraient à la journée d’action du 21 mai. Malgré le mot d’ordre initial très large englobant jusqu’à la lutte contre l’ « austérité ».

Vers une intersyndicale élargie

« Il faut s’entendre sur le mot d’ordre, car nous sommes des organisations apolitiques. Nous ne souhaitons pas qu’il y ait de confusion avec les textes de loi comme la loi Macron ou le projet de loi « santé » de Marisol Touraine. Nous ne défilerons que contre le projet de réorganisation de l’AP-HP qui remet en cause les droits acquis », a précisé Thierry Amouroux (CFE-CGC), prêt à envisager, le jour dit, « pourquoi pas un deuxième cortège sous un mot d’ordre purement AP-HP ». « Il est important qu’il y ait une seule journée d’action pour les personnels », expliquait-il. Les modalités seront déterminées lors d’une réunion des sept syndicats, d’ores et déjà prévue le 11 mai.

Ces péripéties n’ont pas empêché Martin Hirsch, entouré du DRH Gérard Cotellon et de douze représentants des groupes hospitaliers, de poursuivre cette première réunion en comité plus restreint. Puisqu’il ne restait plus, dans la vaste salle des instances, au titre des syndicats représentatifs, que la CFDT.

Mais la troisième organisation de l’AP-HP (15,7% des voix) abordait, déjà fâchée, les discussions. « Le projet semble déjà ficelé. Nous nous battrons jusqu’au bout pour conserver le protocole d’accord RTT de 2002, que nous avons signé », menaçait Isabelle Chaumont-Huyet, secrétaire générale. « Point non négociable » pour la syndicaliste : le passage aux 7 heures quotidiennes, une des pistes pourtant privilégiée par la direction, mais qui signerait la fin des jours de RTT. « Si on sort dans la rue, et nous sortirons probablement, ce sera uniquement contre la remise en cause du protocole de 2002 et la rigueur salariale », précisait-elle aussi.

Calendrier contrarié

Autant dire que le calendrier de la direction, qui prévoyait quatre demi-journées pour faire un état des lieux « partagé » de l’existant d’ici le 28 mai, date prévue d’entrée en négociations, semble compromis. Mais, vu les enjeux de cette réforme qui aura valeur d’exemple pour l’ensemble de la fonction publique hospitalière, personne ne pariait vraiment sur un accord d’ici fin juin, après huit petites réunions de négociations en trois semaines.

La partie s’annonce serrée pour Martin Hirsch, qui privilégie la recherche d’accords depuis son arrivée, fin 2013, dans un contexte explosif sur fonds de restructurations. Premier fait d’armes, il a obtenu mi-2014 que la quasi-totalité des syndicats représentatifs au niveau central (hors FO) signent l’accord collectif sur le dialogue social. Mais l’exercice reste difficile. Le mois dernier, le texte permettant la mise en œuvre d’un accord national de titularisation des contractuels n’a été paraphé que par la CFDT.

Passage en force

Pour mettre en place la réforme du temps de travail, il n’a pas besoin, juridiquement parlant, d’un accord avec les partenaires sociaux. Et les syndicats en ont été prévenus. « En cas d’échec de cette négociation, le directeur général prendra une décision précisant définitivement la nouvelle organisation du temps de travail pour l’ensemble de l’institution », précise le document d’orientation qui leur a été transmis, dès la page 9 (sur 58).

Le chantier, qui concerne 38 établissements et 75000 personnels (hors médecins) est essentiel pour l’AP-HP, qui a ramené son déficit à moins de 50 millions en 2014 et vise un retour à l’équilibre en 2016. L’objectif affiché de la réforme est de gagner « par une autre organisation du travail, au moins 20 millions d’euros par an », sans diminuer la masse salariale (environ 60% du budget). Martin Hirsch a déjà prévenu mi-mars : « Le risque, si on ne le fait pas, est de devoir supprimer des emplois ». La balle est dans le camp des syndicats.

Liaisons Sociales Magazine
© Tous droits réservés