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“L’intergénérationnel fonctionne quand rien n’est imposé”

Interview


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Pierre-Henri Tavoillot, philosophe

“L’intergénérationnel fonctionne quand rien n’est imposé”

Le penseur des âges de la vie tord le cou aux idées reçues sur la conflictualité qui prévaudrait dans les relations entre générations. Et il plaide pour la reconnaissance de l’âge adulte dans la GRH.

par Marie-Madeleine Sève 19/06/2017 Liaisons Sociales Magazine

En quoi la guerre des générations vous semble-t-elle un scénario suspect ?

Cette formule est un facilitateur pour expliquer une réalité sociale, qu’on ne comprend pas dans ses métamorphoses (convulsions dans la famille, le travail). Paradoxalement, la guerre rassure, même si des conflits existent ponctuellement. Elle n’est toutefois pas un paradigme efficace.

Celui-ci est même égarant, car le plus spectaculaire dans un univers réputé « marchandisé », individualiste, c’est qu’on tisse de plus en plus de liens avec nos aînés, et que tout le monde y tient. Jamais une société n’a autant investi sur le vieillissement. La « silver économie » (économie des seniors) connaît un boom extraordinaire.

Elle innove, crée des emplois. De 2012 à 2015, j’ai enquêté avec le sociologue Serge Guérin, en effectuant ce que nous avons appelé le « Tour de France de l’intergénérationnel », pour voir, rencontrer, discuter, échanger sur ce thème avec les mondes économique, académique, associatif, politique, à chaque fois dans des villes différentes.

Il en est ressorti trois points majeurs. Les gens sont inquiets, ce qui prouve que le sujet est important. Ils s’enthousiasment et sont prêts à transmettre. L’intergénérationnel fonctionne quand rien n’est imposé et qu’il y a réciprocité.

On ne cesse pourtant de décrire les générations Y, Z dites aussi millenials ou « digital natives » comme des âges à gérer précautionneusement…

La génération Y est une construction. On confond un phénomène structurel avec un phénomène générationnel. Le jeune à l’état biologique n’existe pas, on est enfant ou adulte. La jeunesse est ce court laps de temps entre le moment où on peut se reproduire, et le moment où on est autorisé à le faire.

Dans certaines tribus, ce rite de passage dure trois jours. Dans la modernité, cet âge réduit s’allonge, on sort de l’enfance plus tôt, et on entre dans l’âge adulte plus tard. J’observe une série de marqueurs réputés générationnels et qui ne le sont pas.

Internet, par exemple, est une révolution qui touche toute la population au même instant, et pas que les jeunes. Des personnes de 80 ans ont leur e-mail et leur compte Facebook. Le concept des Y et Z relève d’une approche marketing.

Les entreprises accordent-elles trop d’importance aux études sur ce thème ?

Oui, parce que les RH en arrivent à appliquer une grille de lecture formatée, et faussée, sur les jeunes qui entrent sur le marché du travail. Ceux-ci sont décrits comme hyper-ambitieux, prêts à dégager les « vieux », du coup ils tétanisent leurs collègues qui craignent d’être ringardisés.

Ou alors ils sont hyper-volatils, zappeurs, soucieux d’équilibre de vie, et l’entreprise cherche à coller à leurs attentes, à répondre à leurs désirs alors qu’ils n’en éprouvent pas le besoin. Tels des enfants face à leurs parents, il leur faut des petits chocs pour se structurer, jusqu’à déclarer que les anciens sont des « vieux cons ».

Enfin on les dit également au-delà du sentiment de propriété, à fond dans l’économie du partage, type le covoiturage avec Blablacar, sans replacer les choses dans leur contexte. En 1970, avoir une voiture, c’était la liberté, un moyen d’émancipation. En 2017, c’est un boulet, parce qu’elle coûte et pollue.

Dès lors, la gestion par l’âge a-t-elle encore un sens ?

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