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Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement : « Nous souhaitons créer une filière des tiers lieux »

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Interview

Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement : « Nous souhaitons créer une filière des tiers lieux »

Le président de la Fondation Travailler autrement, Patrick Levy-Waitz, a remis au gouvernement, ce mercredi 19 septembre, son rapport sur les tiers-lieux et espaces de coworking dans les territoires. A clé : 28 propositions pour structurer et dynamiser ces nouveaux espaces de travail, d'apprentissage et d'innovation. De son côté, Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, vient d'annoncer que l'Etat débloquerait une enveloppe de 110 millions d'euros pour accompagner ce mouvement.

19/09/2018 Fil AFP Liaisons Sociales

Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement : « Nous souhaitons créer une filière des tiers lieux » Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement

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Liaisons Sociales : Pour établir votre diagnostic et formuler vos recommandations, vous avez enquêté pendant six mois sur ces tiers lieux. Qu'est-ce qui vous a le plus étonné ?
 
Patrick Levy-Waitz : Notre première grande surprise a été de constater qu'il n'existait pas en France 600 tiers lieux comme nous le supposions, mais environ 1 800. Lieux de « coworking » « fablab », « atelier partagé », « Living Lab », « garage solidaire », « social place », « makerspace », ou encore « friche culturelle », ces nouveaux espaces visent la création, la formation, l’apprentissage. Ils démontrent surtout la faculté de nos concitoyens à se prendre main en précédant la puissance publique. Alors que l'accès au numérique est parfois difficile dans certains territoires, nous avons rencontré des personnes capables de créer de la valeur par le "faire-ensemble". C'est ce que je nomme la face cachée territoriale de la start-up Nation. Ce rapport, qui est le fruit d'un lourd travail collectif, permet de faire émerger les mutations sur la manière dont on travaille. Nous estimons que ces tiers lieux sont à la convergence de trois phénomènes : la transition écologique, la transition numérique et les mutations du monde du travail. Il faut savoir que plus de 50 % des actifs auront entre 18 et 30 ans d'ici à 5 ans. 70 % d'entre-eux se verraient bien indépendants tandis que seulement 7 % se voient travailler dans des bureaux traditionnels.
 
LS : Une de vos recommandations est de structurer ces tiers lieux. Comment s'y prendre ?
 
P. L-W. : Les collectivités territoriales ne pourront pas faire vivre durablement ces tiers lieux sans l'appui de communautés d'acteurs. Il faut donc mettre en place des modes de gouvernance hybrides, réunissant des structures juridiques de type société coopérative d'intérêt collectif (Scic), société par actions simplifiée ou encore association et des élus pour co-construire des outils. Par exemple, La Station à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, est un projet impulsé par la Communauté d’agglomération du pays de Saint-Omer mai aussi par une association qui fédère des acteurs économiques. La Manufacture des Capucins à Vernon, dans l'Eure, est un projet qui fait partie du contrat d’agglomération liant Normandie Seine Agglomération, le département de l’Eure et la région Normandie. La ville de Vernon et l’ensemble des acteurs vont se regrouper au sein d’une société coopérative d’intérêt collectif. Le modèle économique des tiers lieux est mixte. Leur gouvernance doit donc relever d’une construction collective, à la fois inclusive et garante de stabilité. L'idée est à terme de créer une véritable filière économique. Pour cela, les acteurs doivent se professionnaliser. Dans cet objectif, nous préconisons la mise en place d'une instance nationale capable d’incarner la filière et de porter des propositions et des actions. Seront invités l’ensemble des représentants des tiers lieux de France. L’État apportera son concours à la création de ce mouvement national. Il sera un facilitateur mais en aucun cas il ne prendra la place des acteurs.
 
LS : Vous préconisez également de soutenir l’émergence de 300 "Fabriques des Territoires"…
 
P. L-W. : Oui ces "Fabriques des Territoires" seront des têtes de pont qui pourront soutenir des projets. Elles auront un rôle d’accompagnement et d'essaimage. L'instance nationale des tiers lieux aura notamment pour rôle de piloter le programme « Fabrique des territoires ». Pour accompagner ce mouvement, nous préconisons le lancement d'un fonds d’amorçage, qui mêlera crédits publics et privés. Pour l’ensemble du programme, dans un scénario à trois ans (2019-2021), le fonds serait abondé à hauteur de 60 millions d’euros par l’État : 40 millions d’euros pour le programme de soutien au développement des « Fabriques des Territoires » ; 5 millions pour la mise en place d’outils mutualisés ; et 15 millions pour le fonds de soutien à l’innovation des acteurs territoriaux. A ce titre, nous nous réjouissons de la décision du gouvernement de mobiliser 110 millions sur trois ans, 60 ME au titre de l'aide au fonctionnement et 50 ME consacrés à l'investissement.
 
LS : Avez-vous pu faire des projections en termes de créations d'emplois ?
 
P. L-W. : Au niveau macro économique, c'est très difficile de faire de telles projections à moyen ou long terme. En revanche, ce qui est sûr, c'est que les tiers lieux créent de valeur ajoutée. Par exemple, les acteurs de la communauté Now Coworking de Rouen ont généré entre eux 1 million d'euros de revenus supplémentaires. Derrière ces chiffres, il y a des créations d'emplois.

Propos recueillis par Jean-François Rio

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