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Schneider Electric joue la carte du bien-être au travail, les syndicats circonspects

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Qualité de vie au travail

Schneider Electric joue la carte du bien-être au travail, les syndicats circonspects

Chez Schneider Electric, le « bien-être au travail » est un impératif pour 2020, afin que ses 138 000 salariés dans le monde travaillent dans des conditions optimales pour un bien-être global. Le projet a été défendu par Paula Aitkenhead lors du rendez-vous de l'INRS (22-25 mai) sur ce thème. Côté syndical toutefois, les élus sont nettement plus réservés.

13/06/2019 Fil AFP Liaisons Sociales

Schneider Electric joue la carte du bien-être au travail, les syndicats circonspects	 Paula Aitkenhead, responsable bien-être au sein de Schneider Electric, lors de la conférence INRS consacrée au bien-être au travail (crédit photo : Fabrice Dimier pour l’INRS)

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« Libérez vos énergies ! Soyez souples ! Il existe différentes façons de travailler... » Debout à la tribune, Paula Aitkenhead, responsable bien-être au sein du groupe français Schneider Electric, fait un retour d'expérience lors de la conférence internationale consacrée au bien-être au travail qui s'est tenue à Issy-les-Moulineaux du 22 au 25 mai, sous l'égide de l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) sur le thème : « Le bien-être au travail dans un monde en mutation : défis et opportunités ».
 
Le groupe Schneider Electric qu'elle représente a décidé d'inclure le « bien-être au travail » dans son plan stratégique 2015-2020. Cela fait donc presque cinq ans que la stratégie et le déploiement de ce concept sont déclinés dans les 100 pays où le groupe est implanté, même si - Paula Aitkenhead le reconnaît - les 138 000 salariés ne sont pas encore tous touchés par un programme qui a reçu 13 récompenses. Ce dispositif se décline autour de plusieurs points : santé et bien-être, conditions de travail et comportements managériaux. Il représente 1 500 salariés formés, plus de 1 000 ateliers (« laboratoires de bien-être ») dans 54 pays avec 200 ambassadeurs du bien-être. Pour l'heure, 10 % des salariés ont été sensibilisés. A des questions comme « qu'est-ce qui va accroître votre bonheur ? » la responsable du projet affirme avoir reçu 6 000 idées lorsque la démarche a été validée.
 
Réunions, emails...
 
Paula Aitkenhead livre quelques exemples de ces fameux ateliers : une barre à hauteur de dos pour travailler debout, marcher au moins 10 000 pas chaque jour, avoir des lieux de pause, s'asseoir sur de grosses balles pour renforcer ses muscles, « happy stretching, weekly yoga » sur 45 jours, « la durée idéale pour prendre une nouvelle habitude ». Sans oublier de « changer de place au bureau », ou développer le télétravail. « On expérimente, on fait des tests », raconte-t-elle, en précisant que les réalités sont différentes en fonction des pays et des cultures, même si « souplesse, bienveillance vis-à-vis des autres et de la planète » sont des concepts transversaux qui doivent être partagés par le collectif.
 
Au-delà, des expériences, c'est une nouvelle organisation qui doit s'imposer à tous : faire des réunions de 30 à 40 minutes maximum en restant concentré au lieu de se faire distraire par les objets connectés, faire attention au décalage horaire ou aux heures tardives lorsqu'on doit déranger un collègue qui peut aussi séjourner à l'étranger ou être mère ou père de famille. « On peut aussi dire "Non" à une réunion », affirme-t-elle. Quant aux emails, Paula Aitkenhead semble les abhorrer. Elle dénonce la perte de temps et d'énergie qu'ils révèlent : « On est des junkies des emails ! Posez-vous la question : combien en lisez-vous ? Combien vous sont utiles ? Si vous lisez un email, il vous faut 27 minutes pour revenir à ce que vous faisiez ». Sa solution ? Utiliser d'autres technologies comme skype, consulter ses mails trois ou quatre fois par jour et surtout, s'imposer une réelle déconnexion pour pouvoir travailler de manière efficace. Et de conclure : « Si c'est urgent, ils appelleront ! »
 
Le « flex office » pour économiser de l'espace
 
Un programme qui « a été présenté dans bien des instances, mais nous n’avons jamais rencontré Madame Aitkenhead », sourit Sylvie Restani, coordonnateur groupe CFTC. « Des accords QVT offrent des possibilités en matière de télétravail, qui peuvent aller jusqu'à deux jours par semaine. C'est une bonne chose, mais c’est l’arbre qui cache la forêt ! L’entreprise intègre aussi le « flex office », un moyen d’économiser sur les surfaces de bureaux et les coûts. Je ne suis pas sûre que le « well being » soit le premier critère de motivation », constate la salariée. Elle raconte que dans le bâtiment où elle travaille, en complète réorganisation pour passer en « flex office », « on va passer de 1 100 à 1 600 personnes ! Les salariés ont un casier et n'ont plus de place attribuée. Pour 10 salariés, il n'y a plus que 8 places disponibles. Cette forme de flexibilité n'est pas forcément bien vécue sur site, même si les espaces ont été réaménagés pour plus de convivialité avec un effort sur le design ».
 
Ces normes mises en place ne font malheureusement pas oublier aux salariés que les espaces sont très grands, impersonnels, décloisonnés donc potentiellement très bruyants. « En conséquence, les salariés travaillent avec un casque vissé sur les oreilles et plus personne ne se parle. Il s’instaure une sorte d’anonymat pas très propice à l’échange et à la collaboration qui sont pourtant les bases de l’expérience », analyse-t-elle. Le coordinateur groupe CFTD, Yvon Mory partage la critique : « La Qualité de Vie au travail (QVT) ne se résume pas à faire bouger le personnel 10 minutes tous les matins avec de la musique, à créer des espaces détentes avec des canapés moelleux et des tables de ping-pong dans des locaux Zen, ni à expliquer aux salariés comment mieux gérer leur vie, leur équilibre et leur santé ! ».
 
Quid de la qualité du travail ?
 
Le responsable syndical aspire d'ailleurs à une « qualité de vie tout en faisant du travail un élément de développement qui permette au salarié de produire un travail de qualité en cohérence avec ses valeurs, ses compétences, ses objectifs personnels et les valeurs de l’entreprise ». La nuance est de taille : l'association des salariés aux changements de l'entreprise devrait être systématique selon lui. Une qualité de travail supposerait que le salarié « participe à la vie de son entreprise en lui donnant la possibilité de s’exprimer et d’agir directement sur son environnement », précise-t-il. Les salariés peuvent vivre une perte de sens de leur métier, explique Yvon Mory, amenant même à des dégradations progressives des conditions de travail. « La direction rappelle les principes de repos, de bon usage des courriels, d’équilibre de charge de travail … Mais elle ne s’engage sur aucune innovation, comme le blocage des envois de mails. Pour nous, poursuit le syndicaliste CFDT, ce ne sera que de la sensibilisation et de la communication ! Finalement notre droit à la déconnexion ne reposera que sur la responsabilité individuelle des salariés et des managers, le respect des uns envers les autres. Nous en connaissons tous les limites ».
 
Même constat pour la CFTC : « La culture de la « haute performance » instaurée depuis trois ans avec des consignes drastiques d’évaluation imposée aux middle management a des conséquences néfastes sur le moral et la santé des salariés dont beaucoup ont été sous-évalués avec des conséquences parfois importantes sur leur rémunération. Pourtant, Schneider Electric n’a jamais été si profitable ». Et Sylvie Restani de conclure : « Nous comprenons bien que l'entreprise doit évoluer, mais d'une manière générale, les salariés craignent de devenir une variable d'ajustement à l'échelle mondiale. Le « well-being » n'est sans doute pas ressenti de la même façon en France qu'en Inde ou en Asie. Les élus et les salariés aimeraient moins de bruit autour du « well being » et davantage être associés aux discussions et aux futures évolutions ! »

Claire Padych

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