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Aadil Bezza, DG RH de Nestlé France : « L’apprentissage est une voie d’excellence et non une voie de garage »

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Interview

Aadil Bezza, DG RH de Nestlé France : « L’apprentissage est une voie d’excellence et non une voie de garage »

Directeur général ressources humaines de Nestlé France (12 000 salariés), Aadil Bezza a lancé le 5 juillet le « Tour de France de l’apprentissage ». L’occasion de revenir avec lui sur l’importance que Nestlé accorde à ce mode de formation et d’évoquer le programme « Alliance for Youth », destiné à lutter contre le chômage des jeunes.

09/07/2019 Liaisons-sociales.fr

Aadil Bezza, DG RH de Nestlé France : « L’apprentissage est une voie d’excellence et non une voie de garage » Aadil Bezza, DG RH de Nestlé France

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Liaisons Sociales : Nestlé a entamé à Lille le 5 juillet son « Tour de France de l’apprentissage ». Quels sont ses objectifs ?
 Aadil Bezza : C’est la deuxième année que nous menons cette opération. L’an passé, nous sommes allés sur nos sites industriels pour promouvoir l’apprentissage, et cette année nous avons souhaité intégrer nos boutiques Nespresso à notre campagne. Notre objectif est clair : démontrer que l’apprentissage est une voie d’excellence et non une voie de garage. Nous pensons intimement que ce mode de formation est une solution gagnante pour les trois entités impliquées, à savoir l’Etat via l’Education nationale, l’apprenti et l’entreprise. Actuellement, nous avons environ 800 apprentis, soit 6 % de notre effectif. Nous poussons bien entendu cette solution vers des métiers en tension, comme ceux relevant de l’industrie, mais l’apprentissage concerne toutes les strates de l’entreprise, de la fonction RH à la supply chain. Pour Nestlé France, c’est un moyen vertueux de se forger un vivier de compétences. Par exemple, notre activité retail, qui compte environ 900 salariés, est très exposée aux aléas du turn-over. Il est donc important de renouveler nos effectifs dans ce secteur. Pour y répondre, nous avons ainsi co-construit avec le CFA Stephenson un BTS Management des unités commerciales, qui accueille des classées dédiées à Nespresso par exemple.
 
LS : Comment se décline cette politique dans un groupe qui compte en France 21 sites industriels, 36 boutiques en propre, 4 centres de recherche et 5 centres de distribution ?
 A. B. : La stratégie est impulsée au plus haut niveau du groupe, puis chaque DRH de business unit (Petcare, Nespresso, Eaux…) va définir le plan d’actions qui correspondra le mieux à ses besoins. Les RRH de site mettent ensuite en musique les mesures qui ont été déterminées.
 
LS : Vous qui avez érigé l’emploi des jeunes comme une de vos priorités, comment percevez-vous les nouvelles générations ?
 A. B. : Nous recrutons en effet cette année 325 jeunes de moins de 30 ans, et notre moyenne d’âge est de 43 ans sur l’ensemble du périmètre Nestlé France et de 35 ans chez Nespresso. Un des grands défis RH auxquels nous sommes confrontés est la gestion de l’intergénérationnel. Pour répondre plus précisément à votre question, je trouve que les jeunes générations n’hésitent pas à manager leur propre carrière pour évoluer. A la question classique « comment vous vous projetez dans les 5 ans au sein de notre entreprise ? », ils vous répondent sans ambages qu’ils seront certainement partis. Ce discours, qui a le mérite de la clarté, nécessite pour la fonction RH de revoir sa copie en matière de stratégie et d’outils de rétention. En outre, contrairement à une idée reçue, les jeunes salariés ne sont pas très mobiles. Ils comptent évoluer au sein du réseau social qu’ils se sont forgés. Les attentes vis-à-vis de l’entreprise ont également évolué. Bien entendu, la rémunération, le contenu du job restent des éléments déterminants mais aujourd’hui arrivent sur le même plan la composition de l’équipe, les valeurs de l’entreprise, le bien-être au travail, l’équilibre vie privée-vie professionnelle. En revanche, l’engagement reste prépondérant chez la jeune génération.
 
LS : Quel regard portez-vous sur la réforme de l’apprentissage ?
 A. B. : Cette réforme était très attendue par les entreprises. Je la trouve pertinente car elle participe à rendre l’apprentissage attractif, pour les jeunes qui sont potentiellement concernés, leurs familles et les employeurs. Le message du gouvernement est de rendre ses lettres de noblesse à l’apprentissage. C’est exactement la feuille de route que s’est fixée Nestlé. La réforme a également introduit des mesures plus concrètes mais très efficaces comme l’aide à la mobilité, permettant de soutenir des apprentis dans l’obtention du permis de conduire. C’est aussi intéressant d’avoir donné les clés aux branches professionnelles, qui sont bien placées pour connaître les besoins des entreprises et l’évolution des métiers.
 
LS : Que pensez-vous de la possibilité de créer un CFA d’entreprise ?
 A. B. : C’est une très bonne idée. L’an dernier, en partenariat avec Manpower, nous avons créé une école des merchandisers, qui délivre un certificat de qualification professionnelle (CQP). Ce dernier jouit aujourd’hui d’une reconnaissance nationale. La deuxième promotion fera sa rentrée en septembre prochain avec une vingtaine d’élèves.
 
LS : Nestlé est également à l’origine du programme « Alliance for Youth ».En quoi consiste-t-il ?
 A. B. : En 2013, Nestlé a démarré son programme « Needs Youth » pour répondre à la problématique du chômage des jeunes en Europe, notamment dans les pays de l’Europe du Sud, dans la foulée de la crise financière grecque. Puis en 2015, sous l’impulsion de Laurent Freixe, PDG de Nestlé Europe, ce programme s’est élargi à 200 autres entreprises et a pris le nom « Alliance for Youth ». Il vise désormais l’ensemble des pays où ces entreprises sont implantées. Le but est de proposer des opportunités professionnelles aux jeunes frappés par le chômage. Depuis sa création, l’Alliance a permis de créer 280 000 opportunités professionnelles, lesquelles peuvent se traduire par des stages, une aide à la réalisation de CV, un exercice de préparation aux entretiens, un contrat en apprentissage, un CDD ou CDI. C’est le premier mouvement privé paneuropéen pour l’emploi des jeunes. Nestlé a créé près de 8 000 opportunités d'emploi au cours des huit derniers mois. Nous sommes ici face à un enjeu sociétal qui intègre également la lutte contre le décrochage scolaire.
 
LS : Quelles sont vos problématiques RH du moment ?
 A. B. : Mes priorités actuelles se déclinent en trois axes de travail : la transformation de la fonction RH ; la prise en compte de la diversité, l’inclusion, l’égalité hommes-femmes ; et l’adaptation de notre organisation au contexte économique, aux nouvelles formes de concurrence et aux nouveaux comportements des consommateurs. Pour répondre à cette dernière problématique, nous venons de constituer un « club des managers » (Nestlé France en compte près de 1 500, NDLR), destiné à réfléchir à comment mieux accompagner nos collaborateurs face à ces nouveaux enjeux.

Propos recueillis par Jean-François Rio


 

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