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Enrayer le phénomène de ségrégation professionnelle en levant les présupposés sexistes

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Enrayer le phénomène de ségrégation professionnelle en levant les présupposés sexistes

Les présupposés sexistes ont-ils un impact sur la ségrégation professionnelle des femmes et des hommes ? Quel est le lien entre ce phénomène et le temps partiel ? Comment la carrière professionnelle est-elle impactée ? Des enjeux que nous abordons avec Karine Briard, chercheure à la Dares.

05/09/2019 Semaine Sociale Lamy, n°1873

Semaine sociale Lamy : Vous venez de publier à la Dares un document d’étude sur la ségrégation professionnelle sexuée. De quoi s’agit-il ? Quels sont les enjeux ?

Karine Briard : La ségrégation professionnelle sexuée est le fait d’assigner les travailleurs à des professions en fonction de leur sexe. C’est un sujet très peu abordé. Les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes sont en effet généralement traitées sous le seul angle des différences salariales. Pourtant, le sexe oriente les choix professionnels, parfois dès l’enfance, et l’accès à certains emplois peut en dépendre. Les enjeux sont multiples. Sur le plan individuel, cette forme de ségrégation empêche les individus de se réaliser dans leur projet professionnel et peut être source de mal-être au travail. Sur le plan économique, elle prive certains métiers fortement sexués de compétences. La ségrégation entre femmes et hommes est également un terreau pour les différences de traitement, car elle rend plus difficiles les comparaisons et donc la mise en évidence d’inégalités entre situations professionnelles comparables. Enfin, le phénomène entretient les stéréotypes de genre et perpétue les mécanismes qui vont le créer.

 

Dans quelle mesure le marché du travail français est-il concerné ?

K. B. : Il faut tout d’abord noter que le marché du travail français est concerné au même titre que ses homologues européens. Un rapport de la Commission européenne daté de 20092 montre en effet que la France est dans la moyenne européenne. Tous les pays développés, même les pays scandinaves, connaissent des niveaux importants de ségrégation professionnelle sexuée.

Sur une longue période, on constate une décrue du phénomène suite à la montée de l’activité féminine et à la hausse de la qualification des femmes. Entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, on a également assisté à une baisse de la ségrégation sexuée en raison de l’entrée des femmes sur le marché du travail dans des métiers plutôt occupés par des hommes. Sur la période récente, le phénomène semble s’être stabilisé, mais à un niveau qui reste élevé. Aujourd’hui, seuls 18 métiers sur les 87 familles professionnelles peuvent être qualifiés de mixtes ; 45 sont à prédominance masculine, c’est-à-dire qu’ils comptent plus de 65 % d’hommes et 24 à prédominance féminine (plus de 65 % de femmes). Par ailleurs, l’indice de dissimilarité de Duncan, usuellement utilisé en France pour mesurer la ségrégation professionnelle sexuée, montre que 54 % des femmes et des hommes en activité devraient changer de profession, sans être remplacés, pour parvenir à une distribution équilibrée des femmes et des hommes dans les différentes professions

 

Comment expliquer la persistance de ce phénomène ?

K. B. : On ne devrait pas avoir aujourd’hui un tel niveau de ségrégation professionnelle. Les freins légaux ont été combattus et levés. Mais, à l’évidence, il persiste des freins dans les mentalités, à travers les représentations des femmes et des hommes dans le monde du travail. Dès l’enfance, ces présupposés professionnels vont orienter le choix des études. Sur le marché du travail, ils vont jouer sur l’accès aux emplois et sur l’évolution professionnelle des travailleurs. En particulier, certains employeurs peuvent avoir des réserves sur les compétences des femmes ou des craintes liées à la maternité et redouter que les femmes fassent passer leurs préoccupations familiales avant leur travail. S’ils leur confient moins de responsabilités, les femmes auront alors plus de difficultés à progresser professionnellement et à gravir les échelons. Il existe également, de façon ponctuelle, des freins organisationnels et logistiques. Par exemple, sur un chantier, l’absence de vestiaires ou de locaux dédiés, de vêtements professionnels adaptés aux femmes, peuvent faire qu’à compétences égales l’employeur embauchera un homme plutôt qu’une femme en raison du coût supplémentaire que représentent ces équipements. Dans les métiers masculinisés, les recruteurs peuvent aussi craindre que l’arrivée d’une femme vienne rompre l’esprit d’équipe. Des études sociologiques ont également montré que les hommes peuvent avoir des comportements de mise à l’écart vis-à-vis d’une collègue femme, alors que les femmes jugent l’arrivée d’un homme dans leur environnement professionnel plutôt positivement. Ces attitudes ne sont probablement pas généralisées, mais elles illustrent combien favoriser la mixité des métiers soulève un vrai enjeu managérial.

 

Justement comment lever ces freins ?

K. B. : Pour enrayer ces mécanismes, il faut mettre un bâton dans la machine. C’est en montrant des femmes dans des métiers d’hommes et des hommes dans des métiers de femmes qu’on pourra dépasser les présupposés sexistes. Mais ce sont des phénomènes à diffusion lente et qui se jouent sur plusieurs générations. Par exemple, dès l’enfance, montrer à des petites filles des femmes qui travaillent sur un chantier, dans un garage ou sont programmeuses informatique peut lever leurs réserves par rapport à un métier pour lequel elles ont une appétence. Il en va bien sûr de même pour les garçons.

Des études montrent par ailleurs que les grilles hiérarchiques sont plus réduites dans les métiers à prédominance féminine. Mieux identifier les compétences dans les métiers féminisés pour mieux valoriser celles qui sont mises en œuvre serait déjà un moyen de limiter un des effets néfastes de la ségrégation. En particulier, parce que certaines compétences souvent sollicitées dans ces métiers, comme l’empathie, sont supposées être naturelles chez les femmes, elles sont insuffisamment reconnues et donc sous valorisées, notamment sous forme salariale.

 

Quels métiers contribuent le plus à la ségrégation professionnelle sexuée ?

K. B. : Le métier le plus contributeur est celui de conducteur de véhicules. Alors qu’il compte moins de 10 % de femmes, il représente 6 % de l’emploi des hommes et près de 600 000 salarié(e)s. Viennent ensuite des métiers à forte dominance féminine tels qu’agents d’entretien (950 000 salarié(e)s, 73 % de femmes), les métiers d’aide à la personne ou de la santé tels que les aides-soignants et les infirmiers (930 000 salarié(e)s, 89 % de femmes), les aides à domicile et les assistants maternels (760 000 salarié(e)s, 98 % de femmes), ainsi que les secrétaires (340 000 salarié(e)s, 98 % de femmes).

 

Quels liens avec le travail à temps partiel ?

K. B. : On constate une concentration des emplois à temps partiel dans les métiers féminisés… Pour lire l'intégralité de l’INTERVIEW, souscrivez à une formule abonnement.


Propos recueillis par Sabine Izard

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