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Jean-Paul Chiocchetti, directeur de Michelin France : « Notre seul objectif est de trouver une solution pérenne pour les 619 salariés de La Roche-sur-Yon »

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Interview

Jean-Paul Chiocchetti, directeur de Michelin France : « Notre seul objectif est de trouver une solution pérenne pour les 619 salariés de La Roche-sur-Yon »

  Eviter coûte que coûte les départs contraints. Tel est le mot d’ordre du directeur France du manufacturier clermontois, également DRH France, Jean-Paul Chiocchetti, après l’annonce, le 10 octobre dernier, de la fermeture du site vendéen de La Roche-sur-Yon (619 salariés). Les négociations avec les syndicats pourraient démarrer le 22 octobre.  

17/10/2019 Liaisons-sociales.fr

Jean-Paul Chiocchetti, directeur de Michelin France : « Notre seul objectif est de trouver une solution pérenne pour les 619 salariés de La Roche-sur-Yon » © Jean-Paul Chiocchetti, directeur de Michelin France

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Liaisons Sociales : Vous avez annoncé le 10 octobre la fermeture du site de la Roche-sur-Yon (Vendée) à horizon fin 2020. Quel est le calendrier des négociations ?
Jean-Paul Chiocchetti : Après une première phase de deux jours, les 10 et 11 octobre derniers, où les salariés ont laissé logiquement éclaté leur colère et exprimé leurs inquiétudes, le travail a repris le 14 octobre. Le lendemain, une première réunion de négociation, dans le cadre du comité social et économique central (CSEC), a été reportée. La raison de ce report est que l’intersyndicale du site de La Roche-sur-Yon, qui est composée des syndicats CFE-CGC, SUD, CFDT et FO, souhaitait consulter les salariés du site pour entamer des discussions avec la direction. Parallèlement, la CGT (qui a recueilli 36 % des voix sur le site de La Roche-sur-Yon, NDLR) semble vouloir contester la fermeture du site yonnais par la voie judiciaire. La journée d’action du 17 octobre, organisée sur l’ensemble des sites français de Michelin, a également pour but de peser sur la consultation des salariés vendéens, qui se déroulera le 18 octobre. Si, comme je crois, le corps social donne mandat à l’intersyndicale pour négocier, les premières réunions pourront avoir lieu dès le 22 octobre. Le problème de ce site n’est pas la performance des salariés. La gamme de pneus produits à La Roche-sur-Yon n’est plus en adéquation avec le marché et ne le sera pas dans les années qui viennent. C’est un marché qui a basculé définitivement vers des produits de moins bonne tenue, que nous ne pouvons fabriquer avec nos standards sociaux. Nous avons pourtant essayé d’y croire jusqu’au bout, en investissant plus de 70 millions d’euros. Si tout se passe bien, on peut imaginer clore les négociations à la fin de l’année. Il y a une pression du corps social pour que nous soyons efficaces afin d’éviter, à tout le monde, de longues périodes d’incertitudes. Reste que je ne crois pas que l’on tiendra jusqu'à fin 2020. La production pourrait s’arrêter dans quelques mois.

 

LS : Comment comptez-vous accompagner les 619 salariés ?
J-P. C. : Notre seul et unique sujet est d’éviter les départs contraints. Je suis persuadé que cet objectif est partagé par nos partenaires sociaux. Nous allons donc tout mettre en œuvre pour accompagner au mieux nos collaborateurs. Mais nous allons devoir être innovants. Une des particularités de ce site est d’accueillir des salariés jeunes – une moyenne d’âge légèrement inférieure à 40 ans –  avec peu d’ancienneté. 42 % de nos personnels ont ainsi moins de cinq ans d’ancienneté. Les mesures d’âge classique, telles que les préretraites volontaires, n’auront peu d’impact. Elles pourraient concerner 13 % de l’effectif, soit environ 80 personnes. Il faut donc trouver d’autres outils. Nous nous heurtons à une autre difficulté propre à ce territoire : les salariés sont très attachés à leur région. Une chose est sûre : l’ensemble de notre réseau est mobilisé pour accueillir ces salariés. Par exemple, une centaine de postes seront proposés sur le site de Cholet, situé à moins d’une heure en voiture. D’ores et déjà, il ne sera fait aucun obstacle à un salarié de La Roche-sur-Yon, qui souhaite passer un entretien dans une autre entreprise, ou qui envisage de visiter un autre site Michelin dans le cadre d’une mobilité interne. Reste qu’à ce jour, il est impossible de faire des pronostics sur le nombre de personnes susceptibles d’être intéressées par un reclassement interne.

 

LS : La Vendée est une zone géographique où les entreprises locales manquent de bras. Qu’envisagez-vous en matière de mobilité externe ?
J-P. C. : Il est vrai que depuis l’annonce de la fermeture du site, j’ai reçu un nombre très important d’appels de DRH, de chefs d’entreprise de la région intéressés par les compétences de nos collaborateurs. Nous envisageons de lancer un appel d’offre pour sélectionner un cabinet conseil qui pourra nous accompagner dans le repérage de ces offres d’emploi et les besoins en formation qui se feront jour. Nous choisirons ce prestataire avec les syndicats.

 

LS : Comptez-vous recourir au congé de mobilité ?
J-P. C. : Tout est envisageable. Et, en effet, le congé de mobilité peut s’avérer être un bon outil, de même que la rupture conventionnelle collective ou le plan de départs volontaires. Nous avons la chance d’avoir un dialogue social mature. Je suis donc convaincu que l’on trouvera avec nos partenaires les dispositifs les plus pertinents pour nos collaborateurs. Encore une fois, notre seul objectif est de trouver une solution pour nos 619 salariés.

 

LS : Pourquoi le « Pacte d’avenir »  n’a-t-il pas fonctionné sur le site de La Roche-sur-Yon ?
J-P. C. : Quand il n’y plus de pneus à produire, quand le marché ne répond plus, les meilleurs dispositifs préventifs en matière de difficultés économiques se heurtent à un moment donné à un mur.  Le « Pacte d’avenir », qui consiste à partager un diagnostic sur la santé économique de nos sites avec les syndicats afin de co-construire de nouvelles solutions permettant d’éviter des restructurations douloureuses, s’est donc révélé dans le temps inopérant pour le site de La Roche-sur-Yon.

 

LS : Existe-t-il un projet de reconversion pour le site de La Roche-sur-Yon ?
J-P. C. : Oui. Les discussions sont en cours avec les élus et les services de l’Etat. L’objectif étant de transformer ce site en pôle technologique.

 

LS : A combien se monte le budget dédié à l’accompagnement des salariés ?
J-P. C. : Le budget global sur l’ensemble du projet est de 120 millions d’euros. Mais dans l’immédiat, ma préoccupation n’est pas d’ordre budgétaire. S’il faut une rallonge pour que chaque salarié trouve une solution pérenne, la direction de l’entreprise mettra la main à la poche. Les négociations qui devraient se dérouler dans les prochains jours ne doivent pas être bridées par des considérations financières.

Propos recueillis par Jean-François Rio

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