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Michel Lallier, président de l'association de victimes ASD Pro : « Avec la condamnation de France Télécom, le harcèlement moral institutionnel est désormais reconnu »

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Interview

Michel Lallier, président de l'association de victimes ASD Pro : « Avec la condamnation de France Télécom, le harcèlement moral institutionnel est désormais reconnu »

Président d’ASD Pro, une association partie civile au procès France Télécom qui accompagne les victimes de suicide et dépression au travail, Michel Lallier estime que désormais les entreprises et leurs dirigeants devront se poser la question des conséquences de leur politique de management.

20/12/2019 Liaisons-sociales.fr

Michel Lallier, président de l'association de victimes ASD Pro : « Avec la condamnation de France Télécom, le harcèlement moral institutionnel est désormais reconnu » © Michel Lallier, président de l'association de victimes ASD Pro

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Liaisons Sociales : L’entreprise France Télécom a été condamnée à une amende de 75 000 euros, la peine maximale pour harcèlement moral institutionnel. Les ex-dirigeants, l'ex-PDG, l'ex-numéro 2 et l'ex-DRH, ont quant à eux été condamnés à un an de prison dont huit mois avec sursis et 15 000 euros d'amende. Quelle est votre première réaction ?

Michel Lallier : Nous sommes bien entendu satisfaits que le tribunal ait prononcé ces condamnations. Désormais ce type de management pathogène est interdit. Et ceux qui voudront quand même le déployer seront responsables pénalement. En outre, dans sa décision, le tribunal condamne le harcèlement moral institutionnel. C’est une première en France et cela fera jurisprudence. Je pense aussi aux victimes, ex-salariés ou ayants-droits. Depuis 2008, nous avons accompagné des dizaines de salariés victimes de la mise en place des plans NEXT et ACT (1). Nous en accompagnons encore aujourd’hui car la souffrance engendrée par ce management brutal n’a pas cessé avec la fin de ces plans en 2010. Nous continuons à réclamer une indemnisation totale du préjudice subi, notamment au travers de la reconnaissance des pathologies psychiques et des suicides en maladies professionnelles ou accidents du travail, qui sont tous la conséquence de ce harcèlement systémique. Il y a actuellement encore une trentaine de dossiers de reconnaissance en cours.

 

LS : Ces condamnations ne vont-elles pas aider les victimes à tourner la page ?

M. L. : Chez certaines victimes, ce procès était en effet capital pour faire le deuil d’un parent disparu ou bien simplement pour que la souffrance endurée pendant ces années commence à s’atténuer. Pour elles, il est vrai, ces condamnations vont permettre de passer à autre chose. Pour d’autres en revanche, elles ne changeront pas le quotidien et ne remplaceront pas la perte d’un être cher.

 

LS : La justice a reconnu pour la première fois la notion de harcèlement moral institutionnel. Est-ce une satisfaction ?

M. L. : Oui c’est très important car à partir d’aujourd’hui, les entreprises et leurs dirigeants devront se poser la question des conséquences de leur politique de management. C’est une décision à double étage : l’entreprise est collectivement responsable mais les individus le sont tout autant. Il n’y a pas que l’entité invisible qui devra répondre de ses actes. Nous espérons désormais que cette décision sera suivi d’effets dans les entreprises en matière de traitement préventif des risques psychosociaux. En outre, les pouvoirs publics devraient se saisir de cette question des RPS, à travers leur prévention et leur reconnaissance.

 

LS : Pendant le procès vous avez reproché aux prévenus de pratiquer le déni. C’était selon vous une stratégie élaborée au plus haut niveau de l’entreprise dès 2007. Maintenez-vous votre hypothèse ?

M. L. : Absolument, c’est d’ailleurs une tactique que l’on observe dans de nombreuses entreprises confrontées à des suicides de salariés. Jamais l’entreprise ou son dirigeant ne va interroger sa politique RH ou son type de management. Non à chaque fois, l’employeur met en avant les problèmes personnels subis par le salarié pour expliquer son acte désespéré. Pour revenir à France Télécom, le fait que Didier Lombard fasse appel de sa condamnation – ce qui est son droit le plus absolu – est assez cocasse car pendant le procès il n’arrêtait de répéter qu’il assumait ses actes.

 

LS : Avec le recul, quels ont été les moments forts du procès ?

M. L. : Sans aucun doute les témoignages des victimes. Je tiens ici à saluer l’attitude exemplaire de Cécile Louis-Loyant, la présidente du tribunal correctionnel de Paris qui n’a jamais interrompu ces récits douloureux. Elle était en permanence dans la recherche de la compréhension des événements.

 

LS : Attendez-vous qu’Orange indemnise les salariés concernés au-delà de la condamnation ?

M. L. : Le fonds d’indemnisation des victimes créé par Orange est une façon pour cette entreprise de se donner bonne conscience. Mais les conditions à remplir sont très contraignantes pour les victimes qui ont l’impression de revivre un second procès. Cela pourra néanmoins aider certaines personnes mais ce fonds ne remplacera pas les dispositifs réglementaires comme les reconnaissances de pathologies psychiques en maladies professionnelles.

Propos recueillis par Jean-François Rio

(1)  Pendant la période 2007-2010, les plans NEXT (« Nouvelle expérience des télécommunications ») et Act (« Anticipation et compétences pour la transformation ») visaient à transformer France Télécom en trois ans, avec notamment pour objectif 22 000 départs et 10 000 mobilités. L'entreprise comptait alors plus de 100 000 salariés, une centaine de métiers différents, répartis sur près de 23 000 sites.

 

 

 

 

 

 

 

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