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Sophie Benchetrit-Balmary, directrice des relations sociales de Michelin France : « Notre projet d’accord est solide, complet et adapté aux besoins des salariés de La Roche-sur-Yon »

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Interview

Sophie Benchetrit-Balmary, directrice des relations sociales de Michelin France : « Notre projet d’accord est solide, complet et adapté aux besoins des salariés de La Roche-sur-Yon »

La directrice des relations sociales de Michelin France, Sophie Benchetrit-Balmary, détaille en exclusivité pour Liaisons Sociales.fr les mesures d’accompagnement des 619 salariés de l’usine de La Roche-sur-Yon dont la fermeture est envisagée avant la fin de l’année.

10/01/2020 Liaisons-sociales.fr

Sophie Benchetrit-Balmary, directrice des relations sociales de Michelin France : « Notre projet d’accord est solide, complet et adapté aux besoins des salariés de La Roche-sur-Yon » © Sophie Benchetrit-Balmary, directrice des relations sociales de Michelin France (photo : Daniel Beres)

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Liaisons Sociales : La direction de Michelin France et les syndicats viennent de finaliser les discussions sur la fermeture du site vendéen de La Roche-sur-Yon. Quel est le calendrier ?

Sophie Benchetrit-Balmary : Les négociations se sont en effet achevées le 7 janvier dernier. Nous avons eu les 10 /11 décembre 2019 et le 7 janvier, deux dernières séances de discussions particulièrement intenses, difficiles voire tendues par moment mais elles ont été très constructives. Notre objectif commun a toujours été de répondre rapidement et concrètement aux attentes des collaborateurs. Nous entrons désormais dans une phase de consultation des instances locale et nationale de représentation du personnel. Parallèlement, les organisations syndicales procèdent à une restitution des éléments de la négociation aux salariés. Dans la foulée, elles vont consulter les salariés sur les mesures proposées. Une séance de relecture de l’accord est prévue le 16 janvier. Ensuite, il sera soumis à la signature des syndicats, puis il devra encore être validé par la Direccte. Nous pensons toujours être en mesure de déployer les dispositions de ce texte début avril.

 

LS : Etes-vous confiante sur la signature des organisations syndicales ?

S. B-B. : Oui, car au final, nous avons un projet d’accord solide, complet et adapté aux besoins opérationnels des salariés. Le processus de discussion a, selon nous, répondu aux objectifs que s’étaient fixés les négociateurs, à savoir : encourager la mobilité interne, sécuriser le changement professionnel, et accompagner individuellement les salariés. Outre les aspects financiers de l’accompagnement social, nous avons mis l’accent sur la prise en compte de la diversité des besoins en trouvant des solutions pour le salarié et sa famille.  

 

LS : Quelles sont vos principales propositions en matière de mobilité interne ?

S. B-B. : La mobilité interne, qui est la priorité des priorités, s’articule autour de trois leviers : l’accompagnement financier, les services et la sécurisation. Concernant l’accompagnement financier, nous avons porté la prime de mobilité à 40 000 euros. Nous avons en outre accepté une proposition syndicale de compenser les écarts de rémunération liés à un changement d’organisation de travail du salarié dans son nouveau poste. Nous avons donc décidé de compenser ces écarts à hauteur de 75 % de la perte mensuelle, et ce, pendant 3 ans. Nous avons aussi pris l’engagement de proposer 100 postes aux salariés de la Roche-sur-Yon sur le site de Cholet (49), situé à 70 kilomètres. La prise en compte de la situation familiale s’est matérialisée par plusieurs mesures liées au déménagement, à l’emploi de la conjointe ou du conjoint ou à la situation d’un enfant étudiant. Par exemple, nous permettons d’accompagner pendant 9 neuf mois le conjoint ou la conjointe dans sa recherche d’emploi, avec à la clé une aide à la formation de 4 000 euros. Nous proposons de prendre en charge une partie du logement de l’enfant étudiant du collaborateur qui résidait au sein du foyer familial au moment de la mutation et qui reste habiter dans sa ville d’origine. Enfin, parmi, les mesures incitatives, une indemnité spécifique a été décidée lorsque le salarié a vécu des mobilités successives liées à des restructurations. Le salarié ayant vécu un déménagement lié à une restructuration percevra ainsi 10 000 euros ; pour deux déménagements 15 000 euros, et trois 25 000 euros. Environ 50 personnes seraient concernées par cette dernière disposition.

 

LS : Comment proposez-vous de sécuriser la mobilité interne ?

S. B-B. : Dans les 6 mois suivant son transfert sur un autre site Michelin, le salarié Yonnais aura la possibilité, en cas d’échec sur ce nouveau poste, de se positionner sur un autre emploi dans le groupe. Si cela implique un déménagement de la famille, il bénéficiera alors des mesures ad hoc prévues dans l’accord. Il pourra également envisager une mobilité externe. Dans ce cas, il sera accompagné par le cabinet dans le cadre du congé de reclassement et il percevra les indemnités surpraconventionnelles prévues par l’accord.

 

LS : Qu’avez-vu prévu sur le plan de la mobilité externe ?

S. B-B. : Nous avons dans un premier temps sélectionné avec les organisations syndicales le cabinet Altedia qui sera en charge de l’accompagnement des salariés. Une commission paritaire sera mise en place pour examiner chaque projet professionnel à l’extérieur de l’entreprise. Des formations adaptées seront proposées le cas échéant. Nous avons décidé d’un congé de reclassement d’une durée de 12 mois. Il peut être porté à 15 mois pour les formations longues et à 18 pour les 50 ans et plus et les salariés en situation de handicap. Durant le congé de reclassement nous prenons en charge90% du salaire net temps plein.

L’accompagnement financier a été en outre sensiblement renforcé. L’indemnité supraconventionnelle est ainsi passée à 40 000 euros, avec en sus de 2 à 8 mois de salaire en fonction de l’âge, ainsi que 500 euros par année d’ancienneté. Le projet de texte prévoit en outre une indemnité compensatrice d’écart de salaire. La compensation est plafonnée à 400 euros bruts par mois pendant 3 ans. Une aide spécifique de 20 000 euros est ouverte pour tout projet viable de création d’entreprise. L’ensemble de nos mesures relatives à la sécurisation valent également pour la mobilité externe.

 

LS : Combien de salariés ont à ce jour décidé de profiter d’une mobilité interne ou d’un départ de l’entreprise ?

S. B-B. :  Selon nos premières estimations, sur les 450 opérateurs de production, un tiers souhaite une mobilité interne dont la moitié sur le site de Cholet. Pour les 119 personnels Etam et les 44 cadres, 50 % d’entre eux envisagent une mobilité interne, dont la moitié sur Cholet et l’autre moitié sur les sites de Clermont, Bassens et Vannes. A ce jour, environ 50 personnes sont en renfort sur d’autres sites. Une dizaine de collaborateurs ont trouvé des solutions à l’extérieur de l’entreprise. A noter que ces salariés pourront bénéficier des mesures d’accompagnement que nous venons de négocier.

 

LS : Il était prévu la mise en place d’une bourse de l’emploi pour favoriser le reclassement des salariés dans d’autres entreprises vendéennes. Qu’en est-il ?

S. B-B. : La bassin d’emploi vendéen est en effet très dynamique. Il y a des opportunités pour nos collaborateurs. Le cabinet Altedia travaille d’ores et déjà à l’identification des offres d’emploi.

 

LS : Quelles sont les mesures d’âge envisagées ?

S. B-B. : Il y en a plusieurs. Parmi les solutions prévues, nous avons décidé que pendant la période de dispense d’activité du salarié, qui correspond à deux tiers de son temps, il sera rémunéré 75 % de sa rémunération globale, avec un plancher de 1700 euros bruts mensuels. Nous avons également prévu des aides aux rachats de trimestres. Les mesures de préretraite concernent moins de 100 salariés à La Roche-sur-Yon. C’est une spécificité locale qui nous a contraint à être innovants sur les autres axes de l’accompagnement.

 

LS : Quand l’usine fermera-t-elle ?

S. B-B. : La date de fermeture du site n’a pas changé. Elle est toujours fixée à fin 2020. La production peut toutefois s’arrêter avant dès lors qu’il manquera les compétences clés pour faire tourner le site, mais cela est décorrelé de la date de la fermeture de l’usine.

 

LS : Qu’en est-il des projets relatifs à la transformation du site ?

S. B-B. : Ils sont toujours d’actualité. Nous avions rencontré en octobre dernier les élus locaux et des représentants de l’Etat mais nous avions collectivement décidé de nous concentrer sur les mesures sociales. C’est chose faite. Les contacts se poursuivent et les travaux vont désormais s’accélérer. Michelin sera un acteur important dans cette réflexion mais ne sera pas décisionnaire.

Propos recueillis par Jean-François Rio

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