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Le comité d’entreprise européen d’Engie se saisit de la question du digital

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Le comité d’entreprise européen d’Engie se saisit de la question du digital

La transformation digitale et son impact sur les emplois et les outils de travail en font un objet de dialogue tout désigné pour les comités d’entreprise européens. Certains se sont d’ores et déjà emparés du sujet. Le point avec Nicolas Lefebure, directeur des relations sociales du groupe Engie.

23/01/2020 Semaine sociale Lamy, n°1892

Semaine sociale Lamy: Pourquoi avoir choisi le niveau européen pour traiter du digital?

Nicolas Lefebure: 80% des effectifs d’Engie sont en Europe. Le CEE est de façon historique l’instance sociale de référence au niveau du Groupe. Nous avons avec le comité d’entreprise européen des échanges réguliers sur les orientations stratégiques. Il a également des prérogatives de consultation sur des gros projets de réorganisation transnationaux.

Il dispose de groupes de travail permanents sur la stratégie, le social, la santé-sécurité et d’un groupe de travail «Études» qui lui permet de se saisir de sujets qu’il estime intéressant de creuser. C’est ainsi qu’il s’est autosaisi, il y a un peu plus de deux ans, de la thématique du digital. De façon très générique, pour comprendre ce qu’il y a derrière le terme «numérique». Les membres du comité ont rencontré des experts, y compris externes au groupe, afin de se forger une compréhension de la nature des enjeux qui peuvent être générés par le développement du digital. Mais également de façon plus pragmatique. Des rencontres ont été menées avec des managers dans nos filiales européennes et des organisations syndicales locales, afin d’identifier les conséquences du digital sur le périmètre des activités d’Engie. Courant 2019, le comité nous a indiqué qu’il souhaitait que des engagements soient pris sur le digital, éventuellement sous la forme d’un accord. Nous lui avons proposé une étape intermédiaire rapide à mettre en œuvre: une déclaration commune. Le secrétaire du CEE nous a transmis les grands thèmes qu’il souhaitait voir traiter. La déclaration acte notamment l’ouverture d’une négociation d’un accord-cadre européen dès le deuxième semestre 2020, dont l’objet sera de définir un cadre social commun aux entités du groupe sur les enjeux des transformations liées au développement du digital.

Avez-vous rencontré des points de blocage?

N.L.: Pas sur le fond mais plutôt sur la forme. C’est la première fois que nous signions une déclaration commune. Nous ne voulions pas entrer dans le même niveau de détails que pour un accord. Notre agenda social déjà chargé (nous engageons en janvier la renégociation de notre accord mondial sur la RSE), ne nous permettait pas de le faire. Nous recherchions donc un texte court, synthétique et rapide à formaliser qui permettait de valoriser les travaux du CEE tout en ayant une portée politique et symbolique forte entre le comité d’entreprise européen et la direction générale du groupe. Nous avons acté le principe de la déclaration en juin2019. Nous y avons ensuite travaillé entre septembre et novembre, pour conclure fin novembre.

Qu’est-ce qui est ressorti des travaux du groupe de travail?

N.L.: Ses travaux lui ont permis d’avoir une compréhension plus équilibrée des enjeux liés au digital. Ce dernier ne peut se résumer qu’aux réductions d’emplois ou aux problèmes de compétences. C’est aussi un formidable vecteur de développement économique et social, et donc de pérennité de l’activité. Il correspond en outre aux attentes des salariés. Ces travaux ont donc permis aux membres du comité de nuancer leur approche. Ils se sont également aperçus que la transformation digitale est multiforme chez Engie et qu’il est impossible de dresser un diagnostic unique et complet. Le comité a également été sensible aux enjeux d’évolution des compétences. Plus qu’au volume d’emplois. Les salariés vont-ils être capables d’utiliser les technologies, les outils et les nouvelles façons de travailler induites par le digital? Le comité a donc exprimé une grande attente quant à l’accompagnement et à la formation des salariés aux transformations des outils.

Comment intégrez-vous cette déclaration dans la stratégie de l’entreprise?

N.L.: Le texte révèle, formalise, une adhésion du comité d’entreprise européen à la stratégie du groupe. C’est d’ailleurs ce qui ressort de nos débats avec le CEE. Même si beaucoup de questionnements demeurent sur les conditions d’accompagnement de sa mise en œuvre. Mais le fait de se comprendre et de partager une même stratégie, y compris sur des points tels que la transformation des modes de travail, l’organisation des outils liés au digital, est extrêmement utile. Les deux ans d’étude du comité ont donc permis de partager une même ambition en matière de vision stratégique. Maintenant, le challenge est dans la mise en œuvre.

Justement comment va se dérouler le déploiement de ces engagements?

N.L.: Cette déclaration sur le digital et l’accord à venir en 2020 s’inscrivent dans la continuité des thèmes que l’on porte dans le dialogue social européen. Le préambule de la déclaration fait d’ailleurs référence à notre accord européen sur la qualité de vie au travail de 2014 et à l’accord social européen de 2016. Ainsi, les dispositions de la déclaration sur la nécessité d’accompagner les transformations et d’avoir un dialogue social le plus en amont possible sont des principes et des engagements qui sont déjà pris, notamment dans notre accord de 2016. On ne part pas de zéro sur un certain nombre de mécanismes et de principes. Cependant l’accélération des transformations a créé une forme de tension qui nous offre l’opportunité de réaffirmer la nécessité d’anticiper, dans un dialogue social transparent, les conséquences de ces transformations.

La déclaration commune a été très largement diffusée dans toutes nos entités depuis sa signature, auprès de nos lignes managériales et dans toutes les instances représentatives du personnel. Nous recenserons tout au long du premier semestre 2020 les initiatives prises dans nos filiales pour accompagner ces transformations, de telle sorte qu’elles nourrissent la négociation du second semestre. Nous attendons de nos partenaires sociaux qu’ils nous fassent aussi remonter ces initiatives. Un compte «Yammer» sera ouvert très prochainement au niveau du groupe, pour que chacun puisse partager ses questionnements et faire connaître les initiatives déjà prises.

Comment va se traduire votre engagement en matière de maintien et de développement des compétences?

N. L.: Il s’agit d’un engagement repris de notre accord social européen de 2016. Nous souhaitions réaffirmer et renforcer les principes d’anticipation et de diagnostic partagé déjà posés en 2016. L’idée étant de rappeler aux acteurs locaux qu’au plus tôt ils se parlent, au plus tôt ils sont capables d’anticiper les besoins en accompagnement. Il est primordial d’anticiper et de donner les moyens aux salariés de s’adapter. Et du coup de prendre le temps de former, lorsque c’est nécessaire, les salariés avant le déploiement des nouveaux outils. La notion de diagnostic est donc très importante. Par ailleurs, nous pensons que le dialogue social est un lieu où l’on doit se dire les choses, surtout quand les choses sont compliquées. C’est là qu’il prend tout son sens. Enfin la thématique des compétences, mais pas uniquement sur le numérique, est absolument fondamentale dans le développement du groupe. Engie s’est d’ailleurs engagé à former progressivement 100% des salariés chaque année, contre environ deux tiers aujourd’hui.

Propos recueillis par Sabine Izard

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