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Un quart des actifs LGBT victimes d’au moins une agression LGBTphobe au travail

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Etude

Un quart des actifs LGBT victimes d’au moins une agression LGBTphobe au travail

Plus de quatre actifs sur dix entendent encore des expressions LGBTphobes au travail, tandis que 26 % d'entre eux ne désapprouvent pas les moqueries envers les personnes LGBT, selon les résultats du dernier baromètre Ifop/L'Autre Cercle dévoilés le 13 février 2020.

18/02/2020 Liaisons-sociales.fr

Les entreprises qui engagent des politiques inclusives envers les personnes LGBT (Lesbienne, Gay, Bi et Transgenre) sont de plus en plus nombreuses et le font savoir, mais le monde du travail reste encore un lieu où la LGBTphobie perdure. Tel est le constat amer du baromètre Ifop/L'Autre Cercle (l’association fédère 137 organisations publiques et privées signataires de la "Charte d’Engagement LGBT+", réunissant 1,3 million de salariés) publié le 13 février. Cela commence par des moqueries désobligeantes ou des propos vexants que 19 % des personnes LGBT en activité en France ont constaté. Des actes qui ne sont pas anodins puisque le baromètre montre qu'une personne LGBT sur deux ayant eu récemment des pensées suicidaires en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre a subi des moqueries ou des propos humiliants. Le portrait robot d'une personne LGBT déjà victime de moqueries désobligeantes ou de propos vexants est un homme ayant une apparence féminine, âgé de 20 à 29 ans, et de confession musulmane.

Les comportements LGBTphobes au bureau se traduisent également par des injures (14 % des LGBT interrogés), des mises à l'écart (13 %), des menaces de révéler l'orientation ou l'identité sexuelle (11 %), des menaces d'agression sur les biens ou sur la personne ou encore des actes de violence physique (coups de poing) ou sexuelles (mains aux fesses) dans 10 % des cas.

Dans les entreprises signataires de la Charte d'Engagement, ces chiffres sont moins élevés : 8 % d'injures ou de mise à l'écart, 4 % des menaces d'outing, 2 % de menaces ou d'agressions, sauf sur l'item des moqueries qui augmente de trois points par rapport au total des entreprises (22 %).

Les auteurs des violences

Les auteurs du baromètre ont voulu savoir qui se comportait de cette manière avec les actifs LGBT victimes d’au moins une agression. Sont d'abord cités les supérieurs hiérarchiques et les collègues ayant à peu près le même niveau de responsabilité que les victimes. En effet, les moqueries proviennent à 63 % des collègues et à 33 % des supérieurs dans les entreprises signataires de la Charte (48 % des collègues et 51 % des supérieurs sur l’ensemble des LGBT en activité en France). Les insultes sont proférées à 58 % par les collègues et à 23 % par les supérieurs dans les entreprises signataires (respectivement 36 % et 44 % sur l'ensemble des entreprises).

Les mises à l'écart sont le fait à 55 % de collègues et à 43 % de supérieurs dans les entreprises sensibilisées par la Charte (32 % par les collègues, 57 % par les supérieurs sur un total général d'actifs LGBT). Les chiffres sur les menaces d'agression tentées par les collègues sont identiques (31 %) dans les deux catégories observées. En revanche, elles proviennent à 28 % des supérieurs hiérarchiques dans les établissements signataires et à 44 % sur l'ensemble des organisations. Quant à l'auteur d'actes de violence, c'est le collègue (43 %) ou le supérieur (24 %) dans les entreprises signataires (28 % et 38 % sur l'ensemble des LGBT en activité en France).

La Charte permet donc une prise de conscience de l'inclusion des personnes LGBT au travail en France et notamment chez les supérieurs hiérarchiques. Malgré tout, ces chiffres restent élevés. « Aujourd’hui les employés LGBT déclarent être moins victimes de discrimination fondée sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre de la part de leurs directions (1 personne sur 8 contre 1 personne sur 6) dans le paysage des entreprises ou collectivités signataires de la Charte », remarquent Christophe Berthier, président et Catherine Tripon, porte-parole de la Fédération nationale de L'Autre Cercle. D'ailleurs, à la question « quelle a été votre réaction, la dernière fois que vous avez été témoin de moqueries désobligeantes ou de propos vexants à l'égard d'un autre salarié en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre », 74 % des personnes interrogées disent avoir désapprouvé les moqueries, dont 48 % l'ont fait sans équivoque.

Visibilité

Autre point abordé par ce baromètre: la question de la visibilité de l'orientation sexuelle des LGBT au travail. Sur l'ensemble des LGBT en France, 50 % ont confié à leur collègues directs leur orientation ou leur identité sexuelle (66 % pour les entreprises signataires de la Charte), et 39 % à leur responsable hiérarchique. (48 % dans les entreprises signataires de la Charte). Résultat : sur l'ensemble des entreprises, ils sont 51 % à être « visibles » d'au moins un membre de leur entourage professionnel et 68 % (69 % LGBT hommes, 64 % LGBT femmes) dans les entreprises signataires de la Charte. Pourtant, 84% des salariés des organisations signataires de ce texte déclarent être « à l’aise » face à l’éventuel coming out d’un collègue. Les sondés sont toutefois plus à l'aise face à un coming out sur les items lesbienne ou bisexuel(le)s (81 % et 80 %), que sur les items gays et transgenres (71 % et 70 %).

Enfin, cette « invisibilité » n'est pas anodine, puisque même dans les organisations signataires de la Charte, 77 % de LGBT en couple disent avoir déjà renoncé à affirmer leur orientation sexuelle. Dans ce prolongement, 49 % des LGBT omettent volontairement d'évoquer le sexe de leur conjoint, 30 % ont renoncé à un événement où le conjoint était convié par la direction, 33 % à un événement informel organisé par des collègues. Ce phénomène d'auto-exclusion est une donnée essentielle du baromètre : dans les entreprises signataires de la Charte, 52 % de LGBT non déclarés disent que leur « invisibilité » est quelque chose de positif pour leur bien-être au travail (dont 13 % vont même jusqu'à dire que c'est « très positif »), tandis que 35 % se disent mécontents d'être « non-visibles ».

Sensibilisation de l’encadrement

« Bien souvent, l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont perçues comme une thématique "hors-sujet" dans le monde du travail, parfois taboue, parfois minimisée et considérée comme se rapportant à la seule sphère privée. Donner la parole aux personnes LGBT concernées, mais aussi aux non-LGBT est donc essentiel pour appréhender la réalité vécue sur le terrain et mesurer les actions de progrès encore à mener », indique Alain Gavand, vice-président de la Fédération nationale de L’Autre Cercle.

Pour juguler les discriminations envers les LGBT au travail, les personnes interrogées préconisent des sensibilisations de l’encadrement (64 %), de l’ensemble du personnel (62 %), des prises de parole de la direction générale (50 %), ainsi que la présence d'une personne référente pour la diversité et la lutte contre les discriminations intégrant également les questions LGBT (48 %). Cela semble une nécessité : 55 % des LGBT ont entendu des expressions LGBTphobes dans leur organisation, soulève aussi ce baromètre.

Claire Padych

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