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Vincent Binetruy, directeur France du Top Employers Institute : « Dans cette crise, les DRH sont les premiers garants de l’activité des entreprises »

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Vincent Binetruy, directeur France du Top Employers Institute : « Dans cette crise, les DRH sont les premiers garants de l’activité des entreprises »

Directeur France du Top Employers Institute, une société qui audite et certifie les politiques RH des entreprises, Vincent Binetruy estime que les DRH sont à la pointe du combat contre les conséquences de la crise sanitaire liée au coronavirus. Il évoque aussi des professionnels RH exténués par la gestion de cette séquence inédite.

29/04/2020 Liaisons-sociales.fr

Vincent Binetruy, directeur France du Top Employers Institute : « Dans cette crise, les DRH sont les premiers garants de l’activité des entreprises » © Vincent Binetruy, directeur France du Top Employers Institute

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Liaisons Sociales : Comment les directions des ressources humaines s’adaptent-elles à la crise sanitaire ?

Vincent Binetruy : Je suis vraiment impressionné par la capacité d’adaptation dont les DRH ont fait preuve depuis le début de la crise. Pourtant, disons-le sans ambages, tout le monde a été pris de court par son ampleur. L’annonce du confinement total, le 17 mars dernier, a fait l’effet d’une bombe. A peine sonnées par cette mesure sans précédent, les directions des ressources humaines ont réussi à mettre en musique les dispositions idoines afin de garantir la continuité de l’activité et de préserver la santé des collaborateurs. Rares ont été les entreprises à avoir anticipé la crise. Cela concerne surtout des multinationales ayant des activités en Asie et qui pressentaient ce qui allait advenir sur le Vieux Continent. Je pense par exemple à British American Tobacco France, qui, dès le mois de janvier, a commencé à sensibiliser ses collaborateurs français sur les risques potentiels liés à la progression du Covid-19.

 

LS : Quelles ont été les actions mises en œuvre par les DRH ?                                  

V. B. : Une des premières actions a été la constitution de cellules de crise pilotées ou copilotées par la DRH. Ensuite, les DRH ont dû, en un temps record, déployer massivement le télétravail, étendre les dispositions de protection des salariés, mettre en œuvre les mesures de chômage partiel, anticiper les prises de congés. Le tout dans un environnement légal très fluctuant.

Dans un second temps, les professionnels RH se sont focalisés sur le besoin de maintenir le lien social, ainsi que sur l’accompagnement des managers et des collaborateurs pour apprivoiser ces nouvelles conditions de travail. ING France a par exemple proposé à ses managers des formations e-learning pour développer des compétences nécessaires à l’accompagnement à distance de leurs équipes (comment éviter l’isolement, comment conserver l’engagement, etc.). Enfin, pour maintenir leur engagement à favoriser l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle des collaborateurs, cette entreprise a également mis à disposition de tous des programmes de bien-être accessibles librement sur l’intranet : cours de yoga, cours de sport et informations sur la nutrition…

 

LS : Quelles sont les difficultés rencontrées ?

V. B. : Un des défis de cette crise extraordinaire est de parvenir à maintenir l’activité à distance. Ce qui signifie qu’il faut revoir de fond en comble sa façon de travailler. L’autre difficulté majeure est, pour les secteurs les plus touchés, la gestion de la décroissance avec ses conséquences sociales. Certains DRH ont été contraints, du jour au lendemain, de fermer plusieurs sites de production comptant des milliers de salariés.

 

LS : Comment les professionnels RH vivent-ils cette crise ?

V. B. : Ils sont sur la ligne de front, ultra sollicités par leur direction générale, les instances représentatives du personnel, les collaborateurs. Cela dépend bien entendu des secteurs d’activité, mais je peux vous dire que nombre de professionnels RH sont aujourd’hui exténués. Certains sont en arrêts de travail car ils n’ont plus « d’essence dans le moteur ».

 

LS : Quelles bonnes pratiques avez-vous remarquées ?

V. B. : Les premières relèvent à mon sens de la capacité de certaines entreprises à faire montre de transparence sur la situation actuelle. Il est important d’affirmer les choses, sans rajouter de l’anxiété à l’anxiété. Le contexte étant très changeant, il ne faut pas hésiter à dire que l’on n’a pas les informations. Une chose est sûre : on ne doit pas laisser le doute s’installer chez les collaborateurs. Autres bonnes pratiques : celles qui consistent à créer du lien avec les personnels, à remettre l’humain au centre de la relation. Dans les entreprises, cela peut prendre la forme d’appels téléphoniques réguliers, de rendez-vous informels, de moments de décompression virtuels.

 

LS : Les DRH anticipent-ils le déconfinement ?

V. B. : Oui les cellules de crise commencent à laisser la place aux cellules post-crise. Elles travaillent déjà à la reprise progressive du travail, après le 11 mai, en échafaudant, selon les secteurs, différents scénarios. Il est clair que rien ne sera plus comme avant. Je pense en particulier au télétravail. Comment une entreprise pourra-t-elle demain refuser le travail à distance à un collaborateur qui l’a pratiqué à temps plein pendant les semaines de confinement ?

 

LS : Les feuilles de route d’avant-crise des DRH vont-t-elles être impactées ?

V. B. : Cela dépend des sujets. Mais si l’on parle guerre des talents, recrutements sur des métiers en tension, qualité de vie au travail, ces thématiques vont rester à l’agenda des DRH en sus des chantiers liés aux conséquences RH de la crise sanitaire.

 

LS : Les DRH travaillent-ils déjà sur des plans de restructuration ?

V. B. : C’est forcément un sujet de préoccupation important et il est probable que de tels plans soient en cours de définition. Il est évident que le choix de la France d’un confinement total, qui n’a pas été celui de l’Allemagne et des Pays-Bas par exemple, aura des conséquences économiques et sociales importantes.

 

LS : Les DRH ont-ils une carte à jouer durant cette période ?

V. B. : En effet, nous pensons que ces dernières années que la fonction RH est passée de « business partner » à « business maker ». C’est encore plus vrai aujourd’hui. Dans cette crise, les DRH sont les premiers garants de l’activité des entreprises.

Propos recueillis par Jean-François Rio

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