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Julien Breuilh, directeur des études chez Cadremploi : « Plus d’un cadre sur deux ne souhaite pas retourner sur son lieu de travail »

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Julien Breuilh, directeur des études chez Cadremploi : « Plus d’un cadre sur deux ne souhaite pas retourner sur son lieu de travail »

Alors que le marché de l’emploi des cadres s’effondre, 60 % des cols blancs se disent très réticents à l’idée de retourner sur leur lieu de travail le 11 mai. C’est en tout cas ce qui ressort de plusieurs enquêtes menées par le jobboard Cadremploi. Les explications de son directeur des études, Julien Breuilh.

07/05/2020 Liaisons-sociales.fr

Julien Breuilh, directeur des études chez Cadremploi : « Plus d’un cadre sur deux ne souhaite pas retourner sur son lieu de travail » © Julien Breuilh, directeur des études chez Cadremploi

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Liaisons Sociales : Où en est l’emploi des cadres depuis le début de la crise sanitaire ?

Julien Breuilh : Après une année record en 2019 avec 281 000 recrutements, l’année 2020 devait, sans cette crise sanitaire, à nouveau se terminer sur un niveau exceptionnel de recrutements évalué à 296 000. Tout est remis en cause. Au 26 avril dernier, nous avons enregistré une baisse de 38 % du nombre d’offres d’emploi cadre par rapport à la semaine qui a précédé le confinement, celle du 9 au 15 mars. En revanche, pour la semaine du 20 au 26 avril, le volume de nouvelles offres d’emploi repart à la hausse avec + 14 % par rapport à la semaine précédente.

Toujours au 26 avril, les nouvelles candidatures accusaient une baisse de 59 % par rapport à la période du 9 au 15 mars. Durant la semaine du 20 au 26 avril, nous avons constaté une augmentation de 75 % du nombre moyen de candidatures par annonce par rapport à la semaine d’avant le confinement.

Depuis le début de cette crise, nous avons observé trois étapes. La première a été celle de la sidération avec à la clé un fort impact sur le volume des offres d’emploi. La deuxième a été celle de l’acceptation durant laquelle nous avons enregistré une stabilisation du nombre d’offres. Puis la troisième étape, très récente, est celle du redémarrage.

Nous avons également consulté les cadres sur la façon dont ils comptaient postuler. Au 27 mars, sur un échantillon de 6 000 personnes, 39 % indiquaient qu’ils postulaient sur le même rythme qu’avant le confinement ; 35 % admettaient une baisse d’activité et 26 % ne postulaient plus du tout. En outre, au 20 avril, 49 % des cadres sondés indiquaient qu’ils restaient attentifs aux offres d’emploi, tandis que 37 % continuaient à postuler activement. Il y a donc un fort attentisme chez les cadres, qui retardent le passage à l’acte. Mais cela doit être relativisé par rapport au niveau de turn over qui est généralement de l’ordre de 9 % chez les cols blancs.

 

LS : Quels sont les fonctions et les secteurs les plus touchés par la crise, et a contrario ceux qui s’en sortent le mieux ?

J. B. : Les fonctions « commercial », « IT » (celles liées aux technologies de l’information, NDLR) et « recherche et développement » sont celles qui ont le moins souffert de la pandémie. Notons que ces trois catégories concentrent 70 % des recrutements de cadres. Les secteurs les plus touchés sur le front de l’emploi des cadres sont ceux qui sont le plus impactés par la crise, l’hôtellerie-restauration, le transport, la construction… Ensuite nous trouvons des activités moyennement impactées, certains pans de l’industrie comme l’énergie. Enfin, les domaines qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont « profité » de la crise, l’alimentaire et l’IT.

 

LS : Avez-vous imaginé des projections à fin 2020 en termes d’emploi des cadres ?

J. B. : Il est très difficile de faire ce type de projections. Nous avons en revanche regardé les indicateurs correspondant à trois crises majeures passées, celles de 1991 (guerre du Golfe), 2001 (les attentats du 11 septembre) et 2008 (crise financière). Grosso modo sur ces séquences particulières, nous remarquons que les recrutements de cadres ont chuté dans des proportions oscillant entre 25 % et 35 %. Toutefois, comparaison n’est pas raison : ces crises se sont déroulées à des moments de l’année différents et le marché de l’emploi n’est aujourd’hui plus le même.

 

LS : Comment les entreprises vont-elles aborder leur stratégie en matière de recrutement post-coronavirus?

J. B. : Nous pouvons supposer que les besoins des entreprises identifiés avant la crise, notamment sur les métiers digitaux, vont perdurer. La reprise du marché de l’emploi des cadres dépendra des secteurs mais nous pouvons affirmer sans nous tromper que les entreprises vont faire preuve de prudence dans leurs recrutements. Aussi le rapport de force, qui était à l’avantage du candidat avant la pandémie, va probablement se rééquilibrer. Juste avant le confinement, 48 % des process de recrutement en cours ont été stoppés. Reste à savoir s’ils seront reportés ou purement abandonnés.

 

LS : Comment les cadres vivent-ils cette crise ? Comment gèrent-ils le télétravail ?

J. B. : Globalement, les cadres managers sont 73 % à nous dire qu’ils vivent plutôt bien le management à distance. Ils ont vécu deux temps forts. Le premier a été celui de l’organisation avec la mise en branle du télétravail. Le second a été celui de la préservation du lien avec leurs collaborateurs. Ce dernier point a constitué pour 47 % des cadres managers la principale difficulté. 50 % des cadres affirment avoir perdu le lien, un peu ou totalement, avec leurs équipes. Plus globalement, 62 % des cols blancs interrogés reconnaissent que leur moral est impacté par cette crise sanitaire.

 

LS: Comment les cadres envisagent-ils le déconfinement ?

J. B. : A la question : « comment vous sentez-vous face à l’approche du « 11 mai » et le retour progressif sur votre lieu de travail ? », 36 % se disent prudents et 34 % dubitatifs.45 % pensent que le « 11 mai » aura toutefois un effet positif sur leur moral. Pour 57 % des cadres, le déconfinement signifie retrouver un rythme normal. Reste que plus d’un cadre sur deux ne souhaite pas retourner sur son lieu de travail. 74 % expliquent cette attitude parce que l'organisation en télétravail fonctionne bien. 56 % disent ne pas souhaiter prendre de risques pour la santé de leur famille et 55 % pour leur propre santé.En outre, 31 % se disent stressés par le fait de prendre les transports.

 

Propos recueillis par Jean-François Rio

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