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Conflits sociaux

Les conflits sociaux se radicalisent

Les conflits sociaux se radicalisent
A côté des formes de protestation habituelles, des salariés multiplient des actions plus violentes, comme la séquestration.

 

Débrayages, protestations, grèves, séquestrations… La colère monte d’un cran au fur et à mesure que les fermetures de site industriel se multiplient. Lassés des beaux discours, les salariés passent à l’offensive. La radicalisation des conflits revient en force sur la scène sociale. Plusieurs DG et DRH viennent d’en faire les frais. Le 31 mars, les ouvriers de Caterpillar ont séquestré cinq cadres pendant 24 heures. Le groupe avait annoncé, le 12 février, un plan de 733 suppressions de poste sur les sites de Grenoble et d’Echirolles (2 800 salariés). Le même jour, plus d’une cinquantaine de salariés de la Fnac ont retenu François-Henri Pinault, le Pdg, dans son taxi, à la sortie d’un comité de groupe qui se tenait dans le XVIe arrondissement, à Paris.
Le CCE de Continental, prévu initialement à Reims, a été, lui, délocalisé à Nice par la direction après les incidents qui avaient conduit à écourter la précédente réunion du comité d’entreprise. Le 30 mars, des salariés du réseau français de GRTgaz, filiale de transport de GDF-Suez, ont pris le contrôle de la station de compression de gaz de Cherré (Sarthe), pour réclamer l’ouverture des négociations salariales.

 

Des conflits partis de la base

D’autres, avant eux, ont connu pareilles mésaventures. Le Pdg de Sony France, par exemple, a récemment passé une nuit dans une salle de réunion après l’annonce de la fermeture de l’usine.
La semaine précédente, c’était le patron de 3M, à Pithiviers (Loiret), qui devait subir les foudres de ses employés. A Auxerre, les salariés de Fulmen, qui fabrique des batteries de voiture et de poids lourds, ont forcé leur directeur à manifester avec eux, lors de la journée d’action du 29 janvier.
Tentatives désespérées, actions jusqu’au-boutistes ? Tous ces conflits sont partis de la base. « On n’est pas des voyous, on est des travailleurs », scandent les salariés de Caterpillar.

 

Actions spontanées

Le cynisme de certaines entreprises ou l’envolée du nombre de stock-options expliquent en partie ces actions spontanées. Les faibles perspectives de carrière au sein de bassins d’emploi moribonds y sont également pour beaucoup.
La crispation des salariés illustre également la faiblesse du dialogue social. « Le risque de radicalisation est réel, analyse Bernard Viviers, directeur de l’Institut supérieur du travail (IST). Les organisations syndicales ont perdu du terrain sur leur lieu de travail. Certes, elles attirent du monde dans les rues, lors des manifestations, mais elles ont du mal à prendre pied dans les entreprises. Les salariés se sentent orphelins. Il n’y a plus de pont entre salariés et organisations syndicales ni entre salariés et dirigeants. Car c’est la logique financière qui prime. D’où ce sentiment d’indignation, de colère et d’injustice. Faire sauter un site, ça ne mène nulle part. La crise du désespoir s’exprime par la violence, qui est une réaction de peur. »

 

Un vrai tournant

Pour Jean-Claude Ducatte, directeur d’Epsy, un cabinet d’audit social, il s’agit d’un vrai tournant : « Caterpillar vient de payer les trois jours de grève aux salariés alors que ses dirigeants étaient séquestrés. Autrement dit, on est passé du dialogue social prôné depuis vingt-cinq ans à un rapport de force physique et violent. Ce sont des actions faites sciemment, visant à améliorer les conditions de départ des futurs licenciés. Le problème ? C’est que très peu de DRH savent gérer ce type de relations sociales. »

 

Anne Bariet

Entreprise & Carrières, 7/04/2009
© Tous droits réservés

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