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Dialogue social

Les séquestrations de dirigeants s'avèrent payantes

Les séquestrations de dirigeants s'avèrent payantes
Intervention de Nicolas Sarkozy. Réaction outrée du patronat. Menaces de plaintes des entreprises. Rien n’y fait, les séquestrations de dirigeants continuent. Il faut dire que les premiers commandos ont obtenu gain de cause.

 

Plus on en parle, plus il y en a. Les séquestrations de dirigeants d’entreprise deviennent une des formes d’action préférées des salariés en colère. Dernier cas en date, le site de Molex à Villemur-sur-Tarn (31), une usine de 283 salariés qui fermera mi-2009. Après avoir multiplié les manifestations, un groupe de radicaux a franchi un cap, le 20 avril. À l’issue d’un comité d’entreprise, ils ont décidé de retenir toute la nuit deux dirigeants, pour dénoncer la volonté du groupe de « détourner » la production vers d’autres usines. Des scénarios comparables ont déjà eu lieu chez 3M, Caterpillar, Sony, Scapa, Faurecia et FM Logistics. « La France est un pays de culture violente », rappelle Jean-Claude Ducatte, président du cabinet d’études et de conseil Epsy. « On a déjà connu des conflits du désespoir où la violence fut très présente, comme Cellatex, Mossley ou Moulinex. Les personnels et les syndicats avaient menacé de faire exploser des sites industriels. » Pourtant, le président de la République lui-même a énergiquement mis en garde contre ces opérations. De son côté, le Medef dénonce les dérives. « L’injustice ou le désespoir ne justifient qu’on transgresse la loi, car on ne serait plus dans un État de droit », souligne sa présidente, Laurence Parisot. Mêmes réactions outrées de la part de CGPME et de l’UPA.

 

De plus en plus d’émules

Si les actions continuent, c’est sans doute parce que les premiers commandos ont obtenu des améliorations des plans de suppression d’emplois. Venu pour évoquer une dernière fois la fermeture en avril de l’usine Sony de Pontonx-sur-l’Adour (Landes) devant les salariés du site, Serge Foucher, PDG de Sony France, s’est retrouvé enfermé dans les locaux à l’issue d’un CE houleux. Avant de participer, après sa libération, à une réunion de conciliation avec les représentants du personnel à la sous-préfecture. Le patron a reconnu qu’il a « lâché des choses » pendant cette nuit. Antoine Lassalle, délégué syndical CGT du site, détaille : « Pour les plus de 55 ans, il y a eu des avancées. Sur les congés de reclassement, passés de neuf à 12 mois pour ceux de 45 ans et plus. Nous avons aussi obtenu des garanties sur la réindustrialisation. »

 

Vedettes médiatiques

Sur ses gardes, suite au cas Sony, Luc Rousselet, membre du comité de direction de 3M France, s’est pourtant laissé surprendre sur le site de Pithiviers (45), soumis à une sévère restructuration. « Il voulait nous expliquer les raisons de la décision », raconte Jean-François Caparros, délégué syndical FO. Il s’est retrouvé séquestré toute la nuit, mais sans violence physique, sans débordement. « C’est au petit matin, quand nous avons décidé de les libérer, après en avoir discuté avec le sous-préfet, que nous avons eu l’assurance que les négociations se rouvriraient », raconte un membre du commando. Au final, le groupe chimique a nettement revu à la hausse le chèque de départ : 30 000 euros minimum, contre environ 8 000 euros avant la rétention. Le congé de mobilité est prolongé, ce qui permettra aux personnes licenciées de toucher leurs salaires à 100 % pendant quelques mois supplémentaires, soit jusqu’en mars 2010. L’enveloppe globale est ainsi passée de 10 à 15 M€. Néanmoins, les 110 licenciements sur 230 salariés (81 restent sur place, 40 transférés) sont maintenus. Mais l’entreprise a dû transiger.
Chez Caterpillar, les radicaux affirment avoir joué le « jeu » de la séquestration pour forcer le siège européen, basé à Genève, à réagir. « La direction locale n’avait aucune marge de manœuvre », affirme Nicolas Benoît, délégué CGT. La séquestration de quatre dirigeants, dont le DRH et les directeurs France et Europe, a payé. « Le matin où nous les avons relâchés, le paiement des jours de grève nous a été accordé, et le principe d’une réduction du nombre de licenciements de 700 à 600 retenu. » Depuis, les salariés de Caterpillar sont devenus des vedettes médiatiques. Et le feuilleton ne s’arrête pas là.
Même cas de figure chez l’équipementier automobile Scapa, où l’on préfère parler de « maintien sur site ». « Les quatre cadres que nous avons bloqués sur place pouvaient se déplacer », fait remarquer Christophe Bougret, délégué syndical CGT. Les dirigeants retenus ont fini par lâcher du lest. Le montant des indemnités de licenciement supralégales a doublé, à l’issue des négociations qui ont redémarré le lendemain. Le budget débloqué par l’entreprise est passé de 890 000 euros à 1,7 M€ pour les 61 salariés licenciés. Visiblement, ces « victoires » font des émules.

 

- ÉCLAIRAGES D’EXPERTS


Jean-Michel Denis, chercheur au Centre d’étude de l’emploi.
« Pour l’instant, il s’agit d’un petit nombre d’entreprises, confrontées à des pertes d’emplois et des fermetures de sites. Il y a eu plusieurs cas, un effet d’entraînement, une fenêtre médiatique, mais c’est encore un peu tôt pour parler de tendance. »


Michel Yahiel, vice-président de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH).
« Ces épisodes peuvent être un levier formidable pour le dialogue social, à condition de ne pas le rompre. »


Jean-Claude Ducatte, président de la société d’études et de conseil Epsy.
« La caractéristique des conflits d’aujourd’hui, c’est qu’ils sont tous sans exception médiatisés. Ils se
déroulent en majorité dans des entreprises étrangères, qui sont souvent des multinationales. »

Gestion Sociale du 23/04/2009
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