C’est dans une quasi-indifférence que s’est déroulé le Sommet européen pour l’emploi, initié par la Commission européenne et la présidence tchèque de l’Union européenne. Ce sommet qui devait réunir tous les chefs d’État et de gouvernement a été réduit, à la demande de plusieurs États membres, dont la France, à une réunion de la « troïka sociale », c’est-à-dire la Commission, les partenaires sociaux européens, la présidence de l’UE et les représentants des deux prochaines présidences, la Suède et l’Espagne.
Pourtant, « la maison brûle », comme l’a fait comprendre Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, le 5 mai dernier, à l’issue de la réunion de l’Eurogroupe, qu’il préside. « J’ai l’impression que beaucoup d’hommes politiques sous-estiment l’ampleur de ce problème », a-t-il souligné en parlant de la « crise sociale » qui allait suivre la crise de l’emploi.
Car le pire est à venir selon les prévisions de la Commission : le taux de chômage est passé, dans la zone euro, de 8,7 % à 8,9 % de février à mars et, sur la même période, de 8,1 % à 8,3 % dans l’UE, soit 600 000 chômeurs de plus en un mois. D’ici à la fin 2010, le chômage dans la zone euro devrait vraisemblablement atteindre 11,5 %, soit le taux le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec des pointes au-delà de 20 % en Espagne et des 10 % en Allemagne et en France. « Nous ne pouvons pas empêcher la crise d’engendrer du chômage. Mais le fait d’agir maintenant peut réduire les pertes d’emplois et aider des millions de personnes à trouver des emplois nouveaux et meilleurs », a indiqué le président José Manuel Barroso, lors de ce sommet qui a abouti à l’adoption de dix actions à mettre en œuvre au niveau national, avec les partenaires sociaux. Elles seront discutées par les Vingt-Sept lors du Conseil européen des 18 et 19 juin. Ces dix actions mélangent des éléments connus de la stratégie européenne pour l’emploi avec d’autres, plus conjoncturels, destinés à faire face aux conséquences immédiates de la crise.
Le sommet rappelle l’importance de la création d’entreprise ; de la modernisation du service public de l’emploi (prise en charge rapide des chômeurs) et du marché du travail (favoriser l’inclusion en garantissant des incitations au travail, politiques actives de l’emploi…) ; de l’amélioration des compétences tout au long de la vie et en particulier pour les jeunes sortis du système scolaire ; du renforcement de la mobilité de la main-d’œuvre ; de l’identification des besoins futurs en matière d’emploi et de compétences afin d’ajuster les offres de formation.
En dehors de ces recommandations connues, le sommet recommande aux États d’aider les salariés « à conserver leur emploi par le biais d’un ajustement temporaire des horaires de travail combiné à des formations de reconversion ». Les pouvoirs publics (y compris le Fonds social européen) sont invités à participer au financement de ces actions et à accroître de manière significative le nombre de places d’apprentissage et de formation d’ici à la fin de l’année.
Enfin, en matière de restructuration, le sommet se contente de recommander aux États membres « d’anticiper et gérer les restructurations par l’intermédiaire d’activités d’apprentissage mutuel et d’échanges de bonnes pratiques ».
Les conclusions du sommet plaident aussi pour une « réduction des coûts non salariaux » pour soutenir la création d’emploi, ce qui a provoqué l’ire de la Confédération européenne des syndicats qui a refusé de souscrire aux dix actions qu’elle juge globalement insuffisantes pour répondre aux enjeux actuels.
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