Après les taxis locataires, les bénévoles de la Croix-Rouge, les conférenciers, les gérants de station-service, les chirurgiens…, voici venu le tour des participants à une émission de télé-réalité : « L’île de la tentation. » Vont-ils eux aussi subir l’attraction du contrat de travail et être qualifiés de salariés ? Cette question tout aussi exotique que juridique était posée à la Cour de cassation et fait l’objet d’une belle polémique depuis quelques mois. Toute la doctrine – ou presque – s’est arc-boutée contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 12 février 2008, concluant à l’existence d’un contrat de travail et allant même jusqu’à condamner la société de production pour travail dissimulé (v. Semaine sociale Lamy, n° 1357, p. 11). Était-ce bien juridiquement raisonnable ?
Depuis lors, la Cour de cassation a savamment entretenu le suspens et n’a laissé filtrer aucune information sur ses intentions. Malgré les pressions, mal vécues de l’intérieur, et un délibéré très discuté, la chambre sociale a tranché dans un arrêt promis à la publicité maximale (rapport Cour de cassation + Internet) : « les participants étaient liés par un contrat de travail à la société de production. »
La solution ne laissera pas indifférent. Faut-il saluer la reconnaissance d’un nouvel esclavage moderne ? Celui de l’ère de la communication triomphante qui oblige des individus à accepter d’être filmés dans des moments ludiques, qui plus est, dans un cadre paradisiaque. Le droit du travail pouvait-il rester indifférent à cette exploitation de l’activité humaine – fut-elle amoureuse – à des fins lucratives ? Ne doit-il pas, fidèle à sa mission, rechercher la réalité derrière le décor de rêve ? Ou faut-il au contraire « prendre le travail au sérieux », selon l’expression de Pierre-Yves Verkindt (v. JCP S, 2009, n° 5, p. 41) et refuser radicalement d’analyser cette activité comme un travail ? La querelle opposerait-elle les anciens et les modernes et marquerait-elle une nouvelle ligne de partage au sein de la doctrine ?
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C'est d'abord au législateur qu'il appartient de déterminer comment promouvoir la diversité ; c'est ensuite aux partenaires sociaux d'inventer les moyens d'assurer concrètement à tous les salariés leur place dans la communauté professionnelle, au-delà de leurs différences.Mais le droit du travail doit aussi beaucoup, ici comme ailleurs, à la Cour de cassation, comme le démontrent les derniers arrêts rendus le 8 juin 2011 en matière d'égalité de traitement entre salariés appartenant à des catégories professionnelles différentes.
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