Les DRH poussent-ils les équipes à se surpasser en cette période difficile, ou les grandes entreprises anticipent-elles déjà la sortie de crise ? Dans celles où l’on ajuste, ces jours-ci, les accords d’intéressement en vigueur, les syndicats, optimistes, retiennent la seconde hypothèse. Car, pour les résultats 2009, les exigences ne baissent pas par rapport à l’année dernière.
Ainsi, chez Champion (groupe Carrefour), l’avenant tout juste signé par le DRH, Marc Veyron, et les syndicats prévoit jusqu’à 1 000 euros de prime par tête de pipe. Mais les seuils de déclenchement restent inchangés en ce qui concerne la performance économique. Le résultat brut d’exploitation devra progresser au même rythme qu’en 2008, soit 2,5 %. Seuls les critères qualitatifs, la modulation et la pondération ont été rediscutés.
Pas plus de signe d’inflexion chez Snecma, où l’on renégociait un accord complet pour les années 2009 à 2011. À l’issue du dernier round, qui avait lieu le 3 juin dernier, le DRH, Bruno Pasini, n’a pas laissé grand choix à ses interlocuteurs. Pour chacune des trois années que couvrira la nouvelle convention, il n’y aura versement d’intéressement, à concurrence de 7 % des salaires bruts, que si le ratio résultat d’exploitation sur chiffre d’affaires est égal ou supérieur à 3 %. Sans parler des critères additionnels comme le cash flow disponible, la qualité, la diminution du nombre d’accidents du travail la satisfaction des clients. Et ça passe auprès de la plupart des organisations, à la notable exception de la CGT.
La barre est encore plus haut placée, chez Renault : certes, pour les actionnaires et les analystes financiers, le PDG, Carlos Ghosn, a, « pour l’instant », abandonné l’objectif de + 6 % de marge opérationnelle au profit du free cash flow, indicateur managérial décidément in. Mais pour les critères d’intéressement des salariés, rien ne change. « La prime 2009 risque d’être nulle », craignent certains. « La situation ne sera pas la même pour nos dirigeants, puisque leur part de rémunération variable n’est plus soumise à l’obtention d’un certain niveau de marge opérationnelle. Deux poids, deux mesures », s’insurge la CGT, qui réclame le remplacement de l’objectif hors de portée selon elle, par un 13e mois.
De fait, si directions et DRH veulent garder le pied au plancher, ils sont parfois invités à faire preuve de réalisme. Comme à Canal +. Les syndicats n’ont cessé d’insister auprès de la DRH, Sophie Guieysse, afin qu’elle révise à la baisse des objectifs, devenus inatteignables. Le big boss, Bertrand Méheut, vient de leur donner raison. Il promet « un minimum d’intéressement » au titre de 2009.
Les collaborateurs de l’éditeur de progiciels de gestion d’entreprise Sage rêvent d’un downsizing similaire. Beaucoup d’entre eux sont persuadés de ne pouvoir réaliser les performances exigées pour prétendre au premier euro de bonus.
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