Le forcing du patronat en faveur d’un report de l’âge de la retraite (PSI n° 681) a finalement porté ses fruits. Nicolas Sarkozy l’a affirmé devant le Congrès réuni à Versailles : alors que la loi de 2003 ne prévoyait qu’un « point d’étape », 2010 sera finalement « un rendez-vous capital ».
« Il faudra que tout soit mis sur la table : l’âge de la retraite, la durée de cotisation et la pénibilité », a martelé le président. Pourtant, jusqu’à présent, le gouvernement ne semblait pas pressé d’aller en ce sens. François Fillon déclarait encore récemment qu’une question aussi symbolique devait être réglée « dans le cadre d’une élection présidentielle ou législative ».
Pourquoi ce revirement ? « Les européennes sont passées par là, qui ont redonné au gouvernement des marges de manœuvre », estime la députée Marisol Touraine (PS, Indre-et-Loire). Les chiffres alarmants de la Commission des comptes de la Sécurité sociale (PSI n° 691) ont également fourni des arguments aux défenseurs d’un report de l’âge. Enfin, le Medef, « dont l’influence reste forte », selon Danièle Karniewicz, présidente (CFE-CGC) de la Cnav, s’est chargé de rappeler que l’accord Agirc-Arrco conclu le 23 mars (PSI n° 682) prévoit aussi un point d’étape en 2010, à l’occasion duquel il compte bien remettre sur le tapis la question de l’âge pour les retraites complémentaires.
Par ailleurs, le Conseil d’orientation des retraites (COR) doit rendre, en février 2010, son rapport sur la faisabilité d’un régime par points. « Le délai est trop court pour envisager une réforme de cette ampleur, juge cependant Jean-Louis Malys (CFDT). On se contentera de modifier les paramètres existants. » En revanche, le COR a décidé, le 1er juillet, de procéder à de nouvelles projections sur l’équilibre des régimes de retraite tenant compte de l’impact de la crise. C’est donc plutôt sur cette base que gouvernement et partenaires sociaux devraient travailler.
Une discussion qui s’annonce d’ores et déjà difficile. « Vu la situation, on doit maintenant viser la retraite à 65 ans, à raison d’un trimestre par an », estime-t-on au Medef. Sans être hostiles à la discussion, les syndicats se montrent méfiants. « Il faudra aussi aborder les questions de l’emploi des seniors, du niveau des pensions et des recettes, rappelle Danièle Karniewicz. Les études montrent que reculer l’âge de départ ne réglera pas tout. » La CFDT, elle, reste résolument opposée à une telle mesure.
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