Cap’tain Thibault tient bon le cap. À la barre du paquebot CGT depuis onze ans, « Bernard » achève son troisième mandat sur un bilan plutôt flatteur. Aux prud’homales, il a mis fin à la lente glissade de son organisation. En hausse de deux points, à 34 %, la CGT a même creusé l’écart avec sa poursuivante cédétiste. Ce vent porteur souffle aussi dans les scrutins d’entreprise : aux élections professionnelles, le syndicat progresse. Dans les négociations, la centrale tient également son rang. Désormais capable de prendre le stylo, l’organisation s’est muée en interlocutrice crédible du patronat et du gouvernement.
« Aujourd’hui, la CGT pèse sur les débats et les textes par sa capacité d’expertise et de réflexion. On doit compter avec elle », admet-on au ministère du Travail. Rabiboché avec François Chérèque, Bernard Thibault a replacé ses troupes au centre du jeu grâce à la signature de la position commune sur la représentativité. Acceptation du « compromis », recherche de l’unité syndicale, implication dans le syndicalisme européen, dépolitisation…
Depuis la fin des années 90, le secrétaire général a repeint la coque du navire CGT. Et évité les voies d’eau. « Il y a des divergences sur le rythme, mais pas tellement sur la démarche », observe le patron de la Fédération du verre et de la céramique, Mohammed Oussedik, qui pourrait prendre du galon lors du 49e congrès confédéral, à Nantes, début décembre. La grand-messe cégétiste ne devrait pas revenir sur ces grandes orientations. Même si les conservateurs de la maison, experts en agit-prop, promettent des débats mouvementés, Bernard Thibault devrait être reconduit dans un fauteuil.
Ces signes extérieurs de bonne santé ne doivent pourtant pas cacher les faiblesses de la CGT. Car si le paquebot a belle allure vu du quai, ses coursives et sa salle des machines sont dans un état pitoyable. Figée sur le monde du travail des années 70, la centenaire confédération ne s’est pas adaptée aux évolutions du salariat. « Notre outil est complètement déphasé. On reste les porteurs des revendications du public et des grands donneurs d’ordres. Mais pas de la sous-traitance, de l’intérim ou des précaires. On est à côté de la plaque », assène le réformiste Éric Aubin, patron de la Fédération de la construction.
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