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Emploi

Avec Opel, General Motors rejoue l’affaire Vilvorde à Anvers

Avec Opel, General Motors rejoue l’affaire Vilvorde à Anvers
La fermeture de l’usine Opel d’Anvers aura des conséquences importantes sur la politique menée par la Commission européenne en matière de restructuration.

 

La décision de General Motors, annoncée le 21 janvier, de fermer son usine belge d’Anvers ne procède pas d’une restructuration ordinaire. Ce n’est pas son ampleur – 2 600 emplois directs et de 10 000 à 30 000 emplois indirects selon les estimations des syndicats – qui la différencie d’autres réorganisations. Ce sont les conséquences qu’elle va engendrer au niveau de la politique menée par l’UE en matière de restructuration et des relations sociales en Europe.

 

Un site proche de la Commission européenne

Car, comme pour Renault Vilvorde ou Volkswagen Forest, cette décision de fermeture touche un site proche du siège de la Commission européenne et des fédérations syndicales européennes. De plus, elle touche un pays dépourvu de sièges de constructeur automobile, et qui est directement victime du repli nationaliste de ces directions d’entreprise qui préfèrent, pour réduire les surcapacités, fermer des sites hors de leur territoire national même s’il ne s’agit pas des moins productifs.

 

Un contrôle des aides d’État

C’est donc un dossier chaud pour la Commission, qui devra assurer que la concurrence sur le marché intérieur ne soit pas faussée par les aides d’État que GM négocie avec plusieurs pays. C’est le rôle que la Belgique, et surtout la Flandre, attend d’elle. Ce qui explique la rencontre entre le président de la Commission, José Manuel Barroso, et le ministre-président flamand, Kris Peeters.
« Le gouvernement flamand s’interroge à propos d’aides d’État d’un montant de 2,7 milliards d’euros qu’auraient promis certains États membres à Opel », a expliqué Kris Peeters, qui ajoute avoir compris, en discutant avec Nick Reilly, le P-DG d’Opel, qu’« il existait un plan d’affaires complet et qu’il avait été transmis à certains États membres. Ce qui est particulier, c’est qu’il faut signer une clause de confidentialité si on veut le consulter et qu’on ne peut donc communiquer à son sujet ».

 

Une initiative nécessaire

Si l’existence d’un tel plan peut permettre de douter du respect des procédures d’information et de consultation menées en Belgique et au niveau européen, la Commission ne peut pas réellement agir sur ce point, mis à part rappeler l’existence des dispositions des directives communautaires. Pour l’instant, la Commission, en pleine période de transition, s’est contentée d’expliquer que les salariés qui seraient licenciés entraient dans les critères de compétence du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation et pourraient aussi être aidés par le Fonds social européen.

À moyen terme, selon le retentissement de cette affaire, la Commission pourrait être contrainte, politiquement parlant, de prendre une initiative en matière de restructuration : de la révision de directives existantes à des outils moins contraignants comme des recommandations sur la gestion des restructurations ou une pression supplémentaire sur les partenaires sociaux européens afin qu’ils s’emparent de ce thème. Les fonctionnaires européens chargés du dossier savent que seule une affaire de ce type, comme Vilvorde, qui a engendré la directive sur l’information et la consultation des travailleurs, peut faire sortir la Commission de sa torpeur sur le dossier des restructurations.

 

Une solidarité à l’épreuve

Du côté syndical, l’enjeu est aussi important. La Confédération européenne des syndicats et la Fédération européenne des métallurgistes (FEM) ont condamné, le jour même, la décision de GM. Le CE européen de GM a prévenu la direction qu’elle devait être consciente qu’il avait « une longue histoire de solidarité européenne et que des actions communes seraient entreprises si nécessaire ». Le président du CE européen, Klaus Franz, s’est félicité de la solidarité qui s’est développée entre les syndicats et les salariés « du nord au sud ». Mais jusqu’où ira la mobilisation des salariés européens ? Le secrétaire général de la FEM, Peter Scherrer, a écarté les grèves dans un premier temps.

 

Dépasser les intérêts nationaux

L’enjeu pour la FEM sera de démontrer sa capacité à dépasser les intérêts nationaux et à développer la solidarité entre les salariés d’Opel. Jusqu’à quel degré les salariés allemands vont-ils se mobiliser pour sauver les emplois de leurs homologues belges ? Les salariés européens s’estimeront-ils bien défendus par le président du CE européen et le secrétaire général de la FEM, qui sont tous les deux des membres d’IG Metall ? Plus la réponse des syndicats européens sera coordonnée, plus le syndicalisme européen marquera des points. Il pourra alors peut-être même donner des leçons de solidarité aux États membres, prompts à négocier le maintien des sites sur leur territoire national.

 

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Liaisons Sociales Europe, 4/02/2010
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