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Emploi

Le prêt de main-d’œuvre sans doute pérennisé

Le prêt de main-d’œuvre sans doute pérennisé
Jusqu'à fin 2010, la loi autorise les entreprises à mettre leurs salariés à la disposition d'une autre entreprise faisant partie d'un même pôle de compétitivité. Y aura-t-il prolongation ?

 

Faut-il proroger le dispositif permettant aux entreprises et organismes de recherche d’un pôle de compétitivité de se « prêter » des salariés ? Mis en œuvre par la loi du 30 décembre 2006, il arrive à échéance, en principe, fin 2010.

Pour les membres du cabinet de Christine Lagarde, venus enquêter début février à Minalogic, haut lieu des nanotechologies niché dans le bassin grenoblois, la réponse est oui. Minalogic est le seul site à avoir expérimenté le prêt de main-d’œuvre sans but lucratif, qui a fait sensation au printemps dernier, lorsque le député UMP Jean-Frédéric Poisson a formulé une proposition de loi visant à l’élargir pour faire face à la crise.

 

Mercato

Depuis avril 2009, ce mercato exceptionnel a fait bouger, temporairement, 52 salariés, entre sept entreprises et trois organismes de recherche. Leur appréciation est unanime : le dispositif est bénéfique. Nicolas Leterrier, directeur général de Minalogic, y voit même une « innovation sociale, mettant le salarié au centre de la création de valeur », alliant réduction instantanée de la masse salariale et alternative au chômage partiel, voire à un plan de licenciements.

 

Employabilité

Le spécialiste de la fabrication de plaques de silicium sur isolant Soitec a ainsi combiné le prêt de 20 ingénieurs et techniciens au CEA, pendant 18 mois, à 70 départs volontaires, pour réduire de 10 % sa masse salariale. « Nous avons évité les licenciements, sans perdre en compétences. Nous étions persuadés que l’activité allait redémarrer, c’est le cas en 2010 », expose la DRH, Corinne Margot, qui a suivi l’intégration des Soitec au CEA, maintenu leur accès à l’intranet et continue à les convier aux réunions internes.

« Les salariés y gagnent en employabilité, et l’entreprise d’accueil bénéficie de compétences qu’elle n’aurait pu s’offrir. À long terme, cela favorise les transferts entre organismes de recherche et industrie », analyse-t-elle. La démarche appelle néanmoins quelques précautions. Mieux vaut y associer la direction du travail et les institutions représentatives du personnel et verrouiller juridiquement les conditions du transfert, y compris les rémunérations et, plus sensibles encore, les questions liées à la propriété intellectuelle.


L’Agence Rhônes-Alpes pour la valorisation de l’innovation sociale et l’amélioration des conditions de travail (Aravis), qui a étudié les transferts grenoblois, insiste sur l’importance de l’entretien annuel d’évaluation des salariés « prêtés » : il doit être réalisé conjointement par les managers des deux entreprises.


Reste à voir si le cas Minalogic fera des émules. « Le dispositif conserve une connotation négative. Même les entreprises prêtant leurs salariés n’en font pas de publicité, de peur qu’on les croit en difficulté », reconnaît Nicolas Leterrier. Un déficit de pédagogie que le cabinet de Christine Lagarde se fera un devoir de combler, en cas de prorogation.

 

 

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Gestion Sociale, 11/02/2010
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