En 2009, Disneyland Paris aura connu un taux defréquentation inégalé : 15,4 millions devisiteurs. Mais ce chiffre effectivement record depuis l’ouverture du parc en 1992 est bien le seul point positif auquel la direction peut se raccrocher. Et encore. Car, en réalité, des promotions à foison, pour attirer le chaland en ces temps de crise économique, expliquent en partie cette affluence inédite.
Un bien mauvais sort semble s’acharner sur le royaume de Mickey. À cause de la crise économique, le chiffre d’affaires du parc – à 1,2 milliard d’euros – a baissé de 7 % par rapport à 2008, tandis qu’une dette abyssale (2 milliards d’euros) plombe durablement les comptes de l’entreprise la plus médiatique de l’Est parisien. Quant à la situation sociale, elle s’avère particulièrement tendue, et les 14 500 castmembers et autres managers de Disneyland Paris ont, eux aussi, perdu le sourire. C’est par une grève que s’est terminée l’année 2009, avec annulation de parade et blocage d’attractions le 23 décembre.Unepotionbien amèrepourlesclientsmalchanceux de cette veille de Noël… et pour la direction, restée silencieuse.
Sur les ressources humaines en général, cette dernière a du mal, d’ailleurs, à afficher clairement sa stratégie. Des salaires à la formation en passant par la GPEC, la plupart des dossiers ont tout l’air d’être au point mort. « Cette année, 1 163 postes ont été supprimés, essentiellement des CDD, raconte un élu de l’Unsa, et ce sont les salariés en CDI qui doivent compenser la surcharge de travail induite par la hausse de la fréquentation du parc. » À 20 %, le turnover global est d’ailleurs élevé, comme dans l’ensemble du secteur touristique. Un élu CFTC poursuit : « Le parcours de formation diplômant, appelé HAT (hôte d’attraction touristique), est arrêté depuis janvier 2009. Les personnes en cours de formation sont maintenues dans le cursus, mais il n’y a plus de recrutements et les équipes chargées de la mise en œuvre de ce programme sont affectées à d’autres tâches. » Disney consacre pourtant 4,6 % de sa masse salariale à la formation, notamment avec son université maison. On peut donc supposer que le cursus HAT va être remplacé…
Depuis septembre 2008, c’est un ancien DRH de l’entreprise, Philippe Gas, qui dirige Disneyland Paris. Et le DRH actuel, Daniel Dreux, connaît lui aussi très bien la maison pour en avoir gravi tous les échelons. Comme la directrice des relations sociales, Karine Raynaud, arrivée au service juridique comme stagiaire en 2000. Mais cette somme d’expertises ne suffit manifestement pas. La direction peine aujourd’hui à faire partager aux salariés une vision qui permettrait de maintenir la mobilisation contre les vents et les marées qui les agitent actuellement. Revue de détail des dossiers sensibles.
C’est le point le plus sensible de l’année 2009 dans une entreprise où les salaires sont bas car les postes sont peu qualifiés. « La moitié des Disney sont employés et touchent 1 500 euros brut mensuels, commente un élu Unsa. Un millier de personnes touchent le smic. » Selon le bilan social 2008, le salaire moyen est de 1 916 euros brut et les non-cadres représentent 79 % des salariés. Ouvertes en novembre 2009, les négociations annuelles obligatoires (NAO) ont vite tourné court. La direction a affirmé qu’elle n’avait pas, compte tenu de la conjoncture économique, la visibilité nécessaire pour assurer des hausses de salaire. Résultat : aucune augmentation collective pour la deuxième année consécutive et des bonus réduits de moitié pour les team leaders et les managers. « Normalement, les primes sur objectif représentent un quatorzième mois de salaire, explique un élu CFE-CGC. Or, cette année, les objectifs ont été tenus, mais pas les bonus ! »
L’intersyndicaleCFDT-CFTC-Unsa, trois organisations qui ont raflé 52 % des voix lors des dernières élections de 2006, a porté le mécontentement des Disney, la CFDT et la CFTC allant jusqu’à appeler à la grève. La direction campant sur ses positions, la menace a été mise à exécution fin décembre : 225 grévistes ont bloqué l’accès du public à des attractions phares comme Space Mountain et fait annuler la légendaire parade de Noël.
Les relations sociales sont jugées “fébriles et tendues” en interne comme à l’extérieur
Des actions qui n’ont pas été très populaires : « J’ai vu des mômes en larmes et des pères de famille s’attaquer physiquement aux grévistes tellement ils étaient en colère qu’on leur ait pris leur parade, raconte un salarié. Je les comprends, ce genre de mouvement est irresponsable. Il y a d’autres moyens de manifester son mécontentement. » Grève, pleurs et prises de bec n’ont pas fait bouger la direction d’un iota pour autant. Elle a maintenu le calendrier fixé avec une nouvelle séance de négociation qui devait commencer le 18 février, date à laquelle elle prévoyait d’avoir une meilleure visibilité.
Jugées « fébriles et tendues », « trop affectives », voire « malsaines » en interne comme à l’extérieur, les relations sociales sont empoisonnées par les prochaines élections professionnelles, programmées pour la fin 2010. Un scrutin crucial puisqu’il pourrait rebattre les cartes et bousculer un ordre bien établi, dont la direction semble se satisfaire. Pas moins de sept syndicats cohabitent à Disneyland. À l’issue des dernières élections, la CFTC est sortie première avec 25,75 % des voix, laCFDT deuxième (21,57 %), la CGT troisième (21 %), la CFE-CGC quatrième (14 %), suivie de FO (6,6 %), de l’Unsa (5,69 %) et enfin du Syndicat indépendant des personnels d’Euro Disney (4,34 %). Si cette répartition des suffrages se maintenait, le fameux couperet des 10 % introduit par la loi du 20 août 2008 évincerait d’emblée les trois « petits ».
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