Vive l’école ! En cette rentrée, les jeunes encore en formation ne connaissent pas leur bonheur. Celui d’échapper – provisoirement au moins – aux affres de leurs congénères qui tentent d’intégrer le marché du travail. Une belle galère. Au cours des deux dernières années, le taux de chômage des jeunes a grimpé en flèche, en particulier chez les hommes, pour flirter avec la barre des 25%. Un record historique. «La crise est un bon révélateur de la position très particulière des jeunes sur le marché du travail. Plus d’un tiers des moins de 29 ans sont en CDD ou en intérim. Résultat, leur taux d’emploi surréagit aux cycles économiques », analyse Florence Lefresne, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales.
Un taux de chômage de 25% chez les jeunes ne signifie nullement que le quart d’entre eux cherche effectivement du travail. Et pas davantage que les autres en ont. Par définition, les 15-24 ans en études ne rentrent pas, exception faite des apprentis, dans la catégorie des actifs. Si l’on prend en compte toute la population des 15-24 ans, y compris ceux qui étudient, leur taux de chômage est trois fois moindre et s’affiche, dans l’Hexagone, à 8,6%. Un résultat médiocre, mais assez similaire à ceux observés dans les autres pays de l’OCDE. Pas de quoi plastronner, néanmoins. Car rien ne laisse présager une reprise de l’activité. «Cette récession très brutale menace d’être longue. Aucun indicateur ne permet d’entrevoir une baisse du chômage à court terme, au moins jusqu’à la mi-2011», prévient Jacques Freyssinet, président du conseil scientifique du Centre d’études de l’emploi. Pour les nouveaux venus, le chemin vers l’emploi stable s’annonce donc long et tortueux, parsemé de stages à rallonge pour les uns, de contrats aidés pour les autres. Avec des conséquences durables, si l’on en croit le Centre d’études et de recherches sur les qualifications, qui scrute depuis près de quinze ans les premières années de vie active des jeunes Français. Verdict : leurs capacités d’insertion dans l’emploi stable, à trois ou cinq ans, varient fortement selon leur date d’entrée sur le marché du travail. «Dans les périodes de creux, les jeunes se montrent moins exigeants sur la rémunération et la qualification du poste. Et quand la conjoncture s’améliore, ils subissent la concurrence des nouveaux arrivants, tout frais, qui n’ont pas tourné en rond en alternant chômage et CDD», décrypte Jean-Louis Dayan, du Centre d’analyse stratégique. Déprimant, à l’heure de l’allongement de la vie active !
Comble de malchance, ces stigmates ne s’effacent pas avec le temps. «Tous les travaux de recherche, au niveau international, montrent que ceux qui entrent sur le marché du travail dans un moment de crise acceptent des salaires moindres. Et que cet effet négatif dure toute leur vie », indique Francis Kramarz, membre du Centre de recherche en économie et statistique. Des constats qui préoccupent l’ensemble des pays riches. Un forum international sur l’emploi des jeunes, organisé par le ministère du Travail norvégien et l’OCDE, se tiendra ainsi à Oslo fin septembre. «On y discutera des mesures que les gouvernements doivent prendre pour améliorer les perspectives d’emploi des jeunes. De telle sorte que ceux-ci ne pâtissent pas, notamment, des plans d’austérité », explique Anne Sonnet, responsable du projet sur les jeunes à la division de l’analyse et des politiques de l’emploi de l’OCDE.
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