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Emploi

Emploi des jeunes et des seniors : les propositions de l’Institut Montaigne

Emploi des jeunes et des seniors : les propositions de l’Institut Montaigne
Les jeunes aux études, les adultes au travail, les seniors au repos ». C’est ce modèle social que l’Institut Montaigne veut remettre en cause dans un rapport de septembre 2010.

Il constate que les 25-54 ans assurent 79 % des emplois en France, alors qu’ils ne représentent que 41 % de la population et que cette proportion chutera de 10 % d’ici à 2025. Le pacte de solidarité imaginé en 1945, par lequel les actifs financent les études des jeunes et les retraites des seniors, s’effrite. Parmi les obstacles à l’emploi des jeunes et des seniors, l’Institut pointe notamment la segmentation par l’âge des politiques publiques depuis 30 ans, un système éducatif peu ouvert au monde du travail et un faible recours à la formation après 40 ans. Pour lever ces obstacles, le rapport formule 15 propositions regroupées suivant trois priorités.

 

Réduire les rigidités du système

Parce qu’il constitue un frein à l’entrée dans la vie active, en enfermant de nombreux jeunes salariés dans une succession de contrats courts, le rapport préconise de supprimer le CDD. Pour ce faire, il recommande d’assouplir le CDI, qui présente une rigidité inadaptée à la souplesse exigée des entreprises par le marché et l’évolution souhaitable des carrières. Il constate en ce sens que la quasi-­totalité de ce qui est inscrit au contrat de travail est un acquis sur lequel l’entreprise ne pourra plus revenir ultérieurement. La flexibilité serait obtenue en autorisant la modification du contrat de travail en distinguant une partie fixe (métier exercé, éléments de rémunération, etc.) et une partie évolutive (fonction additionnelle, rémunération variable, temps de travail, etc.), dont les thèmes pourraient être définis par convention de branche. Par ailleurs, les auteurs estiment nécessaire d’assouplir les exigences jurisprudentielles de licenciement, par exemple en permettant de congédier un salarié à l’issue d’une mission donnée ou à la suite de la suppression de son poste, sans exiger que l’employeur soit dans une situation économique contractée.

Pour les auteurs, la distinction entre cadre et non-cadre doit être remise en cause. Elle crée des « plafonds de verre » qui biaisent la progression des carrières. Le rapport propose encore de rendre le statut d’autoentrepreneur plus évolutif, en incitant la transition vers celui des sociétés immatriculées de type SARL/SA.

 

Développer l’employabilité tout au long de la vie

L’employabilité est envisagée sous l’angle de l’entrée sur le marché du travail et du maintien des seniors dans l’emploi.

• Formation initiale. L’enseignement par alternance doit être généralisé tant dans l’enseignement secondaire, concernant les études professionnelles, que dans l’enseignement supérieur. La licence (bac + 3), qui souffre toujours d’un déficit d’image face au master (bac + 5), doit être valorisée. Cette valorisation passe par l’intégration de l’alternance ou de stage en 3e année et d’une expérience internationale.

• Gestion des emplois et des compétences. Pour anticiper les mutations et estimer le nombre d’emplois créés ou supprimés, chaque branche professionnelle doit réaliser une planification globale sur dix ans des emplois et des compétences. Cette planification se déclinerait au niveau régional et ses résultats seraient diffusés afin de permettre de mieux identifier les filières d’avenir. Afin d’éviter une « chute d’employabilité » des salariés de plus de 40 ans, un bilan de compétences gratuit doit leur être proposé, en le mettant en perspective avec le DIF (droit individuel à la formation) et le CIF (congé individuel de formation). En outre, le DIF doit être renforcé en permettant une utilisation anticipée des droits et en augmentant leur acquisition de 20 à 80 heures par an, si le cursus s’inscrit dans l’évolution des métiers de l’entreprise. Le rapport propose encore de développer la mobilité et d’adapter la rémunération au poste occupé. Cette adaptation romprait avec la tradition française qui veut que la rémunération ne cesse de croître tout au long de la carrière au détriment de l’emploi des seniors.

 

Revaloriser le travail

Les auteurs préconisent de supprimer l’âge légal de départ à la retraite. L’âge effectif de départ à la retraite est aujourd’hui inférieur à l’âge légal, et l’idée de repousser cette limite risque d’encourager les actifs approchant 60 ans de se hâter de prendre leur retraite. De plus, le maintien d’un âge couperet va à l’encontre du maintien en activité, et sa suppression permettrait de développer des mécanismes incitatifs qui offrent une retraite choisie, s’inscrivant dans l’idée que « le travail doit constituer un continuum tout au long de la vie ». Afin d’encourager la poursuite du travail, le rapport propose d’augmenter le taux de décote-surcote à 7 % par an, en allongeant la durée de cotisation nécessaire au taux plein à 44 ans et en amplifiant le dispositif de retraite progressive.

Pour l’Institut Montaigne, la revalorisation du travail passe aussi par l’amélioration des conditions de travail. Il propose de créer un comité scientifique chargé d’établir les grands axes d’amélioration et les indicateurs sur des thèmes comme la pénibilité physique ou la valorisation des seniors. Les entreprises doivent en outre être informées et formées sur ces pistes d’amélioration et sur le retour sur investissement qu’elles peuvent en attendre. Les outils de mesure des conditions de travail doivent aussi leur être fournis.

Par ailleurs, le parrainage entre générations est présenté comme un moyen de valoriser l’expérience des seniors et d’aider les jeunes à s’insérer dans le monde professionnel. Le rapport propose de mettre en place le parrainage sur la base du volontariat dans l’entreprise, mais aussi à plusieurs autres niveaux. Il pourrait débuter dès le lycée et devenir systématique pour chaque promotion de licence à l’université. Les jeunes entrepreneurs pourraient de même être parrainés par des seniors à la retraite.

 

15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors

 

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Liaisons Sociales Quotidien, 07/09/2010
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