« Pouvez-vous nous donner votre salaire ? » lui a demandé un délégué CFDT, le 13 décembre dernier, lors d’un jamboree qui réunissait 500 salariés de l’entreprise. Le dirigeant venait de conclure un exposé d’une heure sur la nécessité d’améliorer la compétitivité en faisant des « efforts » en matière de coûts, y compris salariaux : « Les incertitudes de l’avenir font qu’il ne serait pas raisonnable de vous augmenter. »
Seuls les bas salaires de cette ex-filiale de Schlumberger sous LBO auront droit à un geste symbolique de 10 € à 20 €. Soit un budget royal de 40 000 €. Sans attendre le dispositif que prépare le gouvernement afin d’inciter les partenaires sociaux à négocier – à l’allemande – des accords liant compétitivité et préservation des emplois, plusieurs entreprises s’engouffrent dans la brèche ouverte par le discours ambiant qui prône la maîtrise du coût du travail. Comme Faurecia à Cercy-La Tour (58). Le patron de l’usine martèle sa priorité : « renforcer la compétitivité », afin d’amener le groupe à rapatrier d’ici à 2013 une partie de la production réalisée en République tchèque. Ce serait la seule façon de préserver tous les emplois. Pour ce faire, les employés sont invités à se serrer la ceinture. Parmi les pistes à explorer et à négocier d’ici fin janvier figurent le gel des salaires, la réduction du nombre de RTT, ou encore la suppression de cinq minutes de pause par jour. Chez Eurodisney, où les négociations annuelles obligatoires ont commencé le 9 janvier, le vice-président RH, Daniel Dreux, plante le même décor.
Le mot gel n’est pas encore lâché, mais il est indiqué en substance que « seule la rigueur salariale permettra de préserver les emplois et d’éviter le non-remplacement d’un salarié sur trois dans les fonctions support ». Le ton est donné, pour ces échanges qui se poursuivront jusqu’en février. Dans ce contexte, la peur d’un plan social a amadoué plus d’un syndicat. à l’instar de ceux d’Air France, qui ont encaissé le blocage des salaires décrété par le nouveau DG, Alexandre de Juniac, pour 2012 et 2013, un levier parmi d’autres pour trouver 1 Md€ d’économies sur trois ans. Les représentants du personnel s’accrochent à l’engagement pris par la direction de ne pas supprimer des emplois. Leurs homologues d’Areva, déstabilisés dans un premier temps à l’annonce du gel des rémunérations imposé par le big boss,Luc Oursel, ont mis du temps à réagir, sous la forme d’un appel de six syndicats à débrayer durant 59 minutes, ce 26 janvier. Ceux d’Alcatel-Lucent France, où la politique du 0 % d’augmentation est aussi de mise cette année pour cause de préservation de l’emploi, se contenteront d’aller perturber la présentation des résultats du groupe, le 10 février à Paris.
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