En matière de pénibilité, les propositions de Xavier Bertrand se font attendre. Annoncée fin septembre, la concertation avec les partenaires sociaux, destinée à « élaborer des solutions », traîne en longueur. Pas grand-chose ne filtre de ces rencontres bilatérales : « Le ministre envisage d’organiser une réunion tripartite début 2009 », indique Jean-Louis Malys, chargé de la protection sociale à la CFDT. « Le gouvernement va d’abord préciser l’organisation du dispositif avant d’organiser une deuxième concertation sur le financement », a indiqué Pierre Burban, secrétaire général de l’UPA, reçue le 1er décembre. Et pourtant, il y a urgence ! Avec l’entrée en vigueur dans moins d’un mois de l’allongement de la durée d’activité et des nouvelles restrictions d’accès aux dispositifs, qui – tels les départs pour carrière longue ou la dispense de recherche d’emploi – permettaient jusque-là de pallier son absence, la création d’un mécanisme de cessation anticipée d’activité destinée aux salariés ayant été exposés à des conditions de travail pénibles est incontournable. Comme l’ont souligné les chercheurs réunis vendredi 28 novembre lors du colloque Pensare sur « Pénibilité du travail, santé, retraite ».
Du côté des salariés, « les arbitrages financiers en matière d’anticipation de taux de remplacement sont largement contraints par l’état de santé et les conditions de travail subies », a ainsi affirmé Samia Benallah, doctorante au Centre d’études de l’emploi. Mais « les branches et les entreprises sont elles aussi dans l’attente d’un dispositif mutualisé pour leurs salariés usés par le travail », explique Annie Jolivet, chercheuse de l’Ires. Dispositif auquel l’État doit participer, dans la mesure où une partie de ces pénibilités proviennent de « demandes collectives à satisfaire ». Les entreprises devront aussi mettre au pot commun, car « l’usure prématurée des salariés résulte souvent d’une défaillance de leur réflexion en matière de conditions de travail », juge Martine Billard, députée (Verts, Paris).
Alors que les pouvoirs publics ont voulu supprimer les préretraites sans tenir compte des conséquences d’une intensification du travail plus élevée qu’ailleurs, la crise économique risque toutefois de contraindre le gouvernement à faire machine arrière. En lui rappelant que les travailleurs âgés demeurent, comme le rappelle Mireille Elbaum, la « principale variable d’ajustement de l’emploi ».
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