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Cliquez, vous êtes recruté !

Un cadre sur deux serait désormais embauché grâce à une offre en ligne. Sites classiques, matchers et autres réseaux sociaux bouleversent les façons de recruter. Candidats et annonceurs tentent de surnager dans cette débauche d’innovation.

02/04/2014 Liaisons Sociales Magazine, N° 151

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Il n’y a pas si longtemps, pour répondre à une annonce, on prenait son temps. Pendant des heures, on cherchait la meilleure tournure pour commencer sa lettre de motivation et faire tenir son expérience sur une page A4… Aujourd’hui, le chercheur d’emploi dégaine son smartphone, filme les rues qui l’entourent en attendant son bus, géolocalise les offres et postule en direct ! Grâce à l’application JobAroundMe, trouver un travail est simple comme un coup de fil : 200 000 candidats ont été séduits par le concept développé et lancé il y a deux ans par Jean Mariotte. Tout comme une quarantaine d’entreprises. Des grosses, à l’instar de Total, Sephora, Thales… mais aussi des bataillons de PME en quête de profils très divers. « Quand vous êtes serveur, vous n’êtes pas rivé à votre ordinateur, note ce jeune diplômé d’Arts et Métiers. Avant, les offres de boulot circulaient par le bouche-à-oreille. Là, vous êtes dehors en train de fumer une cigarette ; en deux minutes, vous pouvez changer de job. »


Du moins en théorie, car le chômage reste à des niveaux record. Mais le monde du recrutement naguère si conventionnel vit une révolution sans précédent sous la pression du tout numérique. Il y a quinze ans, les job boards débarquaient en fanfare et raflaient le marché des petites annonces à la presse écrite. Monster s’affichait sur les quais du métro et promettait de trouver la perle rare plus vite que la lumière. Puis éclosent Facebook, LinkedIn et Viadeo entre 2006 et 2008. On échange entre experts, on contacte spontanément celui ou celle qui travaille dans la boîte de ses rêves. Les frontières de l’e-recrutement s’effacent un peu plus… Jusqu’à aujourd’hui et l’essor du « m-recrutement » – m pour mobile. Pas un jour sans qu’une nouvelle application, forcément innovante et inédite, se crée. Yupeek pour les jeunes diplômés, ­Talentéo pour les salariés handicapés, ­BuzzleMe et Easyrecrue pour réaliser des entretiens vidéo... Une avalanche de solutions technologiques qui ne remplacent pas une croissance pourvoyeuse d’emplois mais qui fluidifient le marché.

 

Sérieuse Concurrence. Alors qu’un cadre sur deux trouverait un boulot sur la Toile, selon une étude de l’Apec, le business du recrutement 2.0 ou 3.0 aiguise les appétits. « Il y a un dynamisme assez unique en Europe, relève Jean-Christophe Anna, directeur associé de Link Humans, société spécialisée en recrutement sur mobiles et médias sociaux. Mais la formule miracle n’existe pas. Le nombre d’acteurs qui vont perdurer et trouver leur modèle économique sera infime. » Avec leur impressionnante CVthèque, les job boards classiques souffrent déjà, concurrencés par moins chers qu’eux. Fondateur d’Altaïde, un cabinet de recrutement 2.0, Jacques Froissant les boycotte depuis six ans. « Leur efficacité est nulle au fil du temps et les prix sont prohibitifs », juge cet ancien DRH. Lui mise sur les réseaux sociaux et Twitter, notamment. Accor fait confiance à son propre site d’emploi interne et réalise 40 % de ses embauches via le Web.


Des sites de matching (voir l’infographie ci-contre), comme Meteojob qui a dopé son audience de 40 % entre 2012 et 2013, plus souples et réactifs, bouleversent les façons de recruter sur la Toile. Ou encore Qapa, qui ambitionne de dégoter un boulot à chaque demandeur d’emploi. La recette de ce Petit Poucet aux bottes de sept lieues ? Une redoutable méthode de sélection de profils et d’offres compatibles entre eux. Le candidat renseigne ses compétences et, grâce au big data, reçoit des annonces qui correspondent aux mots-clés qu’il a choisis. Quant au recruteur, il récupère des profils pile dans la cible qu’il cherche. Pas de CV, ni de photo ou d’âge mentionné. Seul ce qu’on sait faire compte. « Un vendeur gère des stocks, met en rayon, argumente, négocie... Comme un chef de rayon ou une assistante dentaire, compare la cofondatrice, Stéphanie Delestre. Quand Pôle emploi propose uniquement des postes de vendeur, nous, on élargit le spectre. Un soudeur chez PSA peut très bien devenir plombier et un employé dans un supermarché gardien d’immeuble, car il a l’habitude des situations difficiles. »


Avec 100 000 nouveaux inscrits par mois (1,6 million au total) et 70 000 offres diffusées, Qapa casse aussi les prix. Le dépôt d’offre ne coûte rien. Le recruteur ne paie que s’il souhaite recevoir plus de CV que l’échantillon adressé. « Notre cœur de cible, ce sont les TPE-PME, qui n’ont pas les moyens de mettre 30 000 euros dans un recrutement », plaide Stéphanie Delestre.
Le site généraliste et gratuit Leboncoin l’a bien compris, lui qui investit depuis deux ans le terrain de l’emploi. Tout comme Vivastreet. « On répond à un véritable besoin. Nos utilisateurs n’ont pas l’habitude d’aller sur des job boards classiques », note Julien André, directeur emploi de ce site qui publie 2 000 offres par jour. Leboncoin, c’est un peu le Paris Boum Boum des années 1990 ou la petite annonce qu’on collait à la boulangerie. Avec ses 68 000 offres et ses 2 millions de visiteurs uniques par mois, le champion du tout gratuit bénéficie de la force de frappe de son trafic. Coincés entre les lave-linge et les Playmobil, les jobs de commerciaux et de serveurs doublent tous les ans.

 

Machine à candidats. Au début plutôt centrées sur les non-qualifiés, les annonces montent en gamme. « Les métiers du service (infographiste, développeur informatique, enseignant…) explosent, observe Antoine Jouteau, directeur général adjoint. Nous sommes une vraie machine à candidats ! » En moins de deux heures, un restaurateur a reçu 50 appels et recruté son chef de salle dans la journée ! Proximité et simplicité sont ses deux atouts. « Nous diffusons plus de 500 offres sur le site. Dans certains secteurs comme le bâtiment et la production, les retours sont très bons, observe Chrystelle Giraud, chargée du sourcing d’Adecco. Mais il faut être irréprochable en rédigeant l’offre, car il n’y a pas de filet de sécurité. » À la différence d’un job board classique, le niveau de modération est plus que léger. « Recherche vendeuse de paréos dotée d’une silhouette harmonieuse »… Typiquement le genre de post farfelu que d’autres auraient refusé de diffuser. Mais pas Leboncoin. « Une entreprise qui veut travailler sur sa marque employeur n’ira pas, estime un patron de site d’emploi. Pour acheter du Vuitton, on se rend à la boutique, pas dans un centre commercial. »


Sous-entendu, le service et la qualité, c’est nous qui l’offrons… Pour survivre, les dinosaures de l’e-recrutement se lancent dans une course à l’innovation. « Au début, les recruteurs voulaient avoir des CV à la pelle, se souvient Gwenaëlle Quénaon-Hervé, directrice ­générale adjointe de RegionsJob. Aujourd’hui, ils attendent un retour sur investissement car les RH sont débordées. » Le leader de l’emploi local vient d’ailleurs de lancer Cadreo, dédié aux cols blancs. Monster a investi dans une plate-forme de recherche sémantique pour qu’offres et demandes se rencontrent mieux. Cadremploi a lancé « Choose your boss » pour les pros du digital, hyperchassés.

 

Un terrain de chasse élargi. Car l’avantage de la Toile, c’est qu’une annonce fait le tour de la planète en un clin d’œil. Des sites comme Multiposting, qui cartonne, permettent aux recruteurs de démultiplier leur sourcing en choisissant différents modes de diffusion. « 40 % des annonces reçoivent moins de cinq CV et, souvent, on recrute le moins mauvais, reconnaît Gautier Machelon, ancien de chez Heidrick & Struggles et cofondateur de la plate-forme. La problématique, c’est celle de l’insertion durable. »


Alors, fini, les pénuries d’emploi et les 400 000 offres qui ne trouvent pas preneurs ? Les geeks du recrutement veulent y croire. « Notre rôle, c’est de réduire le chômage dans le pays ! clame ainsi le directeur général de Monster, Gilles Cavallari, qui va s’associer avec Pôle ­emploi [voir page 24]. Les RH passent en moyenne une minute trente par CV. En ciblant sur les compétences, on leur permet d’aborder des candidats qu’ils n’auraient jamais retenus auparavant. » C’est la grande force du digital : élargir son terrain de chasse et remiser ses œillères qui font qu’on recherche la copie conforme du chef de projet qui vient de partir. « Avec tous ces outils, on n’est plus dans le clonage et nous pouvons cibler des profils très variés, partage Philippe Liger, directeur marketing RH d’Accor. Plus rien ne sera comme avant, notamment parce que la génération Z a, pourrait-on dire, un smartphone greffé dans la main. »
Le recrutement étant de la mise en relation, grâce à Internet, offres et demandes se rencontrent mieux. Comme en amour avec les critères de présélection de son prince charmant d’un Meetic… « La fluidité passe par la transparence et il n’y a pas plus transparent qu’un job board. Une TPE ou une grande entreprise est positionnée de la même façon », précise Thibaut Gemignani, directeur général de Figaro Classifieds (Cadremploi, Keljob, CadresOnline). Chacun aurait donc les mêmes chances de réussite. Près de 400 000 offres navigueraient en permanence dans le cyberespace. Mais impossible de savoir combien de candidats trouvent un emploi grâce au Web. Les sites diffusent seulement leurs propres chiffres d’audience (nombre de visiteurs uniques par mois, d’offres…), invérifiables et bien souvent gonflés.


Un marché caché plus réduit. Quant aux annonces, elles vont du plus sérieux au plus fantaisiste (voir page 26). Mais ce qui est sûr, c’est que parmi elles, beaucoup circulaient avant sous le manteau et n’étaient réservées qu’à quelques happy few présents dans les bons réseaux. « Le marché caché s’est considérablement réduit, abonde Jean-Christophe Anna, de Link Humans. Avant, il fallait débourser 6 000 euros pour une annonce presse. Aujourd’hui, ça ne coûte presque rien. » Reste ceux – de plus en plus rares – qui préfèrent avancer masqués. « La confidentialité se résume à quelques offres de chasse de têtes où la publicité peut être mal venue », observe Olivier Fécherolle, directeur général stratégie et développement de Viadeo.


Dans ce dédale, difficile de savoir où cliquer. « Paradoxalement, plus l’offre est ­dispersée, plus les candidats sont perdus. Ils ne savent plus où chercher », remarque le boss de Cadremploi. « Il y a une démultiplication des offres, mais pas des recrutements ! nuance Bertrand Lamberti, de l’Apec. C’est potentiellement générateur de bruit. » Et, éternelle question, on se demande quel est le meilleur moyen pour toucher un recruteur. Mais les non-geeks sont prévenus : le papier est bel et bien mort ! « Les NTIC étant devenues l’outil ultradominant pour trouver un job, si vous ne les maîtrisez pas un minimum, prévient Gautier Machelon, de Multiposting, il ne vous reste plus que Pôle emploi. » Et encore, l’opérateur ayant décidé d’investir en masse sur la Toile… Fracture numérique et fracture sociale s’autoentretiennent. Hélas !…

Emmanuelle Souffi

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