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Les attentats, un traumatisme pour les salariés

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Les attentats, un traumatisme pour les salariés

Tristesse, perte de motivation, besoin de parler… Trois jours après les attentats à Paris, les entreprises doivent faire preuve d’écoute et de compassion vis-à-vis de salariés choqués.

par Manuel Jardinaud et Emmanuelle Souffi 16/11/2015 Liaisons Sociales Magazine

L’émotion. La tristesse. La douleur. Après les attentats de Paris, qui ont fait à ce jour 129 morts et plus de 350 blessés, les cabinets spécialisés dans l’accompagnement psychologique ont été submergés d’appels. Des DRH dont les équipes ont pu être durement frappées. Des responsables de restaurant dont les serveurs redoutent de nouvelles salves. Des administrations qui ont dû prendre en charge des Parisiens catastrophés…

Le retour au bureau a des allures de gueule de bois. Pour ceux qui ont été touchés de près ou de loin, reprendre une activité normale, se concentrer, mobiliser son énergie sur des tâches qui paraissent dérisoires, reste délicat.  « Un événement comme celui-ci impacte obligatoirement la vie de l’entreprise », observe David Mahé, président du cabinet Stimulus, spécialisé sur les risques psychosociaux.

Libérer la parole

Les situations sont diverses. La plus délicate ? Un ou des collaborateurs ont perdu la vie au Bataclan, rue de Charonne ou près du canal Saint-Martin, dans le 10e arrondissement de Paris. « Chaque organisation porte une dimension protectrice, elle se doit de réagir », estime Xavier Alas Luquetas, du cabinet spécialisé Eléas.

Le rôle de la hiérarchie apparait alors essentiel. Car cette tragédie n’est pas sans conséquence sur l’ambiance de travail. « Ne pas le prendre en compte, c’est risquer que l’entreprise soit perçue comme un lieu sans considération pour les individus », ajoute-il.

« Réunir le collectif de travail » est la première chose à faire, selon Jean-Claude Delgènes, directeur général du cabinet Technologia. Permettre à chacun de s’exprimer, tout en aménageant un coin confortable, avec du café, des boissons... « On doit libérer la parole sur le lien qui unissait, sur la peine, la tristesse », complète-t-il. « Par ce biais, faire émerger la réalité de la disparition », poursuit Xavier Alas Luquetas. La peur que de nouvelles tragédies surviennent, dans les transports, lieux publics, prédomine également. 

Logistique morbide

Etre aux côtés des salariés qui veulent se rendre au chevet d’une victime ou à des obsèques suppose de se montrer ouvert : « On peut laisser la liberté en offrant une journée, en proposant une RTT ou un jour de congés payés. L’entreprise doit entrer dans une sorte de logistique morbide en adaptant les règles », estime Jean-Claude Delgènes.

Plus généralement, l'écoute de la part des managers, et même des collègues, est primordiale : « Il faut être vigilant sur les situations de repli, de non expression. Y prêter une attention toute particulière », prévient Jérôme Boucher, directeur des opérations chez Psya. Car le silence est retors. « Le risque est que certaines personnes décompensent d'un coup, d'où l'importance d'échanger aussi avec les médecins du travail qui nous remonteront des infos », estime Grégoire Vitry, psychopraticien, fondateur du cabinet Lact. D’autant que ces attaques terroristes se surajoutent aussi parfois à des climats de tension interne à l’entreprise…

D’où la nécessité de cette mise en collectif de la parole. Car au-delà de la démotivation, ceux qui étaient dans le « tenir » et tentaient de faire face peuvent connaitre de graves souffrances psychologiques. "On estime que 5 à 10 % des personnes touchées indirectement développeront un syndrome de stress post-traumatique. Et 35 à 50 % de ceux qui étaient directement exposés. Pour eux, l'événement reste dans le présent et ne parvient pas à s'inscrire dans le passé », décrit Grégoire Vitry.

Temps élastique

Mais point trop n’en faut. Se montrer trop intrusif peut être mal vécu. « Il faut respecter la sensibilité de chacun. Aller au fond des choses oui, mais dans le respect de l’émotion », nuance le fondateur d’Eléas. Ce coach estime que la machine à café reste un espace privilégié pour sentir les effets de résonance de l’événement sur chacun.

Face à « ce temps élastique avant que la vraie vie redémarre », selon l’expression de David Mahé, les managers peuvent prendre des dispositions très simples : retarder une réunion, reporter le lancement d’un produit, annuler un voyage. « On est jamais à 24 heures près », dit-il. Pour un collaborateur trop ému pour se remettre rapidement au travail, pourquoi ne pas demander à un collègue de récupérer momentanément un dossier ?

Adapter l’organisation

Vis-à-vis des salariés touchés durement, physiquement ou psychiquement, la compassion est primordiale. « Il faut très tôt donner des signes de réassurance sur leur emploi, leur poste », insiste Jean-Claude Delgènes. Dire que leurs tâches seront prises en charge par un autre, et que le temps du soin est plus important. « Ne pas créer d’angoisse supplémentaire et que la victime ne porte pas le poids du travail », ajoute le fondateur de Technologia. Le suivi administratif, avec la mutuelle par exemple, est également un point essentiel.

L'organisation de la cellule familiale, aussi affectée, peut réclamer un peu de souplesse : s’occuper de ses enfants qui vivent mal la situation, prendre en charge un proche touché par les attentats… « Il faut adapter le comportement de l’entreprise à la situation du collaborateur », prône David Mahé. « Tout en continuant à travailler », complète-t-il. L'équilibre, surtout dans des sociétés où la recherche de productivité est une priorité, n'est pas simple à trouver. Mais bon sens et bienveillance doivent permettre d'enrayer l’intrusion de l’horreur dans les bureaux...

 

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