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Oui, les jeunes filles s’épanouissent dans les “métiers d’homme”

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Oui, les jeunes filles s’épanouissent dans les “métiers d’homme”

Menuiserie, maçonnerie, mécanique… Les filles se font toujours désirer dans certaines filières. Alors même qu’elles y réussissent très bien. Quelques professions tentent, timidement, de les attirer.

par Valérie Auribault 18/01/2016 Liaisons Sociales Magazine

Oui, les jeunes filles s’épanouissent dans les “métiers d’homme”
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Burin et marteau en mains, Camille, jolie blonde aux cheveux longs noués en queue-de-cheval, façonne l’arrondi de sa fenêtre. À 23 ans, elle est en 2e année de maçonnerie au CFA du bâtiment de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Le secteur recrute et les entreprises qui prennent des jeunes filles finissent par les embaucher à l’issue de leur formation.

Volontaires et assidues, elles obtiennent toutes leur ­diplôme. « Les filles ont un désir de réussite, souligne Franck Desloge, directeur adjoint chargé de la pédagogie au CFA de Rueil-Malmaison. Ce n’est jamais un choix par défaut, à l’inverse de bon nombre de garçons. Elles ont un vrai travail de réflexion et une forte motivation. » Même son de cloche au Garac d’Argenteuil, où l’on forme aux métiers de l’automobile. « En début d’année, je demande aux élèves de monter un meuble simple, explique Julien Bellair, enseignant en carrosserie. Les garçons finissent les premiers mais le meuble est bancal. S’il y a une fille dans la classe, elle termine après eux mais le meuble est parfaitement assemblé. »

Aujourd’hui, formateurs et directeurs d’école sont unanimes : ils veulent plus de filles dans leurs classes, et donc dans ces professions. À tel point que certains CFA leur réservent des places à chaque rentrée. « Le recrutement des filles est une priorité, explique Thierry Pérez, directeur du CFA Unicem de Toulouse-Bessières, qui forme à la conduite d’engins. Les jeunes filles réussissent bien et apportent une ambiance positive sur les chantiers. Nous avons de très bons retours de leurs employeurs. » L’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction a d’ailleurs lancé une campagne, « Carrières au féminin », afin de les attirer.

Préjugés tenaces

En 2012, la Fédéra­tion française du bâtiment (FFB) annonçait le chiffre de 10 000 filles en formation initiale. Mais la grande majorité s’orientait vers des postes d’encadrement, pas des métiers manuels : 14 % étaient en DUT ou bac + 3, 25 % en formation d’ingénieur et seulement 4,8 % en CAP ou en BTS. Les stéréotypes y sont pour beaucoup. « Dans mon entreprise, j’ai mis un an à me faire accepter, explique Camille. L’un des maçons me disait : les femmes sont à la cuisine à faire la vaisselle. » Le récit de Jade, élève en mécanique au Garac, est identique : « J’ai rencontré beaucoup de machos. Mais lorsque je leur ai montré ce dont j’étais capable, ils se sont calmés. »

L’histoire de Camille et de Jade est celle d’Emmanuelle, d’Élodie et de Mathilde. Respectivement conductrice d’engins, menuisière et carrossière, elles ont su très tôt quel métier elles souhaitaient exercer. Des activités dites masculines, qui souffrent encore d’une mauvaise image. Et qu’il faut « imposer » à ses proches, ses profs et son conseiller d’orientation avant d’avoir à convaincre un patron et ses camarades de classe qu’on y a « sa place » parmi eux.

Pas simple. « Les freins sont nombreux. Au sein des familles et à l’école, on pense encore que les métiers du bâtiment sont pénibles et fatigants, donc peu adaptés aux filles. Paradoxalement, on leur réserve les emplois d’aide à la personne, qui sont parfois très durs », témoigne Anne-Catherine Pantel, responsable emploi à la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) d’Ile-de-France. « Les métiers ont évolué, ils deviennent plus techniques, exigent plus de polyvalence et de compétences. Le développement durable prend également une part importante », confirme Pierre Gomez, directeur du CFA du bâtiment de Rueil-Malmaison.

Certains professionnels sont, bien sûr, déjà convaincus. Tel Sébastien Berthouille, électricien et tuteur en entreprise de la jeune Magaly. « Si j’étais patron, je l’embaucherais, car elle est ­sérieuse, jamais en retard. Sur un chantier, avec elle, je me sens en sécurité. Les garçons, eux, pensent souvent que c’est facile, qu’il n’est pas nécessaire de trop en faire alors qu’il faut travail­ler. » Mais les préjugés restent tenaces. « De multiples stéréotypes sont encore à combattre, admet Christine Arsenakis, directrice du CIO d’Amiens. Les femmes demeurent discriminées dans leur recherche d’emploi, notamment par peur des grossesses. » Autre frein à l’intégration des filles, la législation. Qui impose par exemple des vestiaires séparés. « En période de crise, les patrons ont autre chose à budgéter qu’un local supplémentaire pour développer la mixité, confie Pierre Gomez. Ce qui pénalise les filles. »

Besoins immenses

Aujourd’hui, pourtant, la gent féminine est recherchée. ­Normal, les besoins sont immenses. À la FFB, on rappelle que près de 40 % des entreprises du ­bâtiment doivent changer de patron dans les prochaines années. Stupide, dans ce contexte, de se priver de la moitié des repreneurs potentiels ! Dans les branches, les actions sont multiples. À l’instar du slogan « Stop aux clichés ! », lancé par la Capeb.

Depuis dix ans, la confédération sensibilise les collégiennes à travers le dispositif Artisans messagers et le concours « Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin ». De septembre à février, les élèves sont ainsi invitées à visiter toutes les filières.

Initié par l’Union des industries et des métiers de la métallurgie, le Pro Pulsion Tour présente, lui, les métiers technologiques de l’industrie aux jeunes durant quatre mois. « Nous ne visons pas particulièrement les filles, précise l’organisation patronale. Mais l’opération permet de faire tomber des barrières. » Certains grands groupes impulsent aussi des actions envers les femmes. C’est le cas de Volvo France, de la SNCF, de Veolia ou d’Engie, partenaires du projet « Déployons nos Elles ». Un programme lancé par IMS-Entreprendre pour la cité afin de lutter contre les stéréotypes dès l’orientation.

Pour autant, il est difficile de quantifier le succès de ces opérations. « Nous espérons qu’elles ont un impact, qu’elles participent à faire évoluer la société », veut croire Guy Bravais, chargé du développement des relations avec les écoles chez Volvo France. Certains signes sont encourageants, par exemple à l’École nationale des professions de l’automobile d’Argenteuil. « Pour la première fois, nous avons 41 jeunes filles inscrites : 19 dans le technique et 22 dans le tertiaire. Nous avons doublé nos effectifs féminins. Mais il est trop tôt pour dire qu’il s’agit d’un réel virage », détaille Catherine Rajalu, directrice de la communication. Puisse la tendance durer…

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