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Le hackathon, nouveau hobby des entreprises

Les employeurs s’approprient ces compétitions de programmation très prisées des écoles informatiques. Elles permettent aux salariés d’exprimer leur créativité et leurs compétences et aux directions de stimuler l’innovation.

par Catherine Abou El Khair, avec Chloé Joudrier 17/03/2016 Liaisons Sociales Magazine

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Quarante-huit heures non-stop de codage et de créativité. Voilà à quoi s’est frottée une centaine de candidats lors d’une compétition organisée début février par l’agence BeMyApp, en partenariat avec Dalkia et Intent Technologies. L’objet ? Utiliser les données de consommation d’énergie des ­habitants d’un immeuble pour développer des solutions et améliorer leur quotidien. À la clé, 15 000 euros et des tickets d’entrée dans l’incubateur e-Résidents mis à disposition par Dalkia.

En début de compétition, les participants font connaissance. Puis des affinités se créent et des projets se dessinent. Jean-Michel a déjà son idée : « Une appli météo qui permettrait d’économiser de l’énergie. Selon le temps extérieur, le chauffage se régulerait seul. » Après le pitch des porteurs d’idées, chacun trouve chaussure à son pied. Du codeur au designer d’interface, tous les profils sont présents. Ce qui réjouit Clotilde Perraudin, directrice de la stratégie chez Dalkia, qui insiste sur « la complémentarité des participants ».

Autre expérience, celle menée par ALD Automotive, la filiale de la Société générale spécialisée dans la location longue durée de véhicules. Réunis dans un auditorium en janvier, ils sont une trentaine de candidats, sur les 1 000 de départ. Six équipes qui doivent convaincre le jury avec leur projet d’application destiné à « révolutionner l’expérience conducteur ».

L’un après l’autre, les finalistes – venus du Luxembourg, des Pays-Bas et du Maroc, côté salariés, et de grandes écoles françaises et étrangères côté étudiants – passent leur oral en dix minutes. Le résultat de plusieurs semaines de travail. Mises en scène, traits d’humour et vidéos ponctuent les prestations. En fond sonore, un air de funk. Des idées business, de la motivation et une image d’entreprise innovante : pour ALD Automotive, l’expérience vaut le coup !

Mise au défi

Innover vite, ensemble : tel est le principe des hackathons. Contraction de hack – une méthode de travail informatique consistant à détecter les failles d’un système – et de marathon, pour traduire l’effort et l’endurance, cet exercice consiste à réunir des développeurs pour faire de la programmation, dans un temps limité, souvent en vingt-quatre ou quarante-huit heures. « C’est une période de travail très intense pendant laquelle on n’a pas le temps de se poser des questions. C’est l’occasion de plancher sur de nouveaux concepts », résume Emmanuel Carli, directeur général de l’école informatique Epitech, qui en organise régulièrement pour ses étudiants.

La pratique est très courante. L’école 42 ou la Web School Factory sont connues pour faire plancher leurs bataillons sur des sujets aussi divers qu’« inventer les smarts énergies de demain » ou « la banque de détail et les objets connectés ». Des thèmes proposés par des entreprises qui espèrent à la fois recruter de nouveaux profils et mieux comprendre les usages du digital.

Désormais, les grands groupes s’appliquent à eux-mêmes la méthode en organisant des hack­athons internes. Le Crédit agricole, Groupama, Axa, la SNCF, Engie, EDF, mais aussi la Caisse nationale d’assurance maladie mettent au défi leurs propres équipes. Directrice de projet formation chez AccorHotels, Emmanuelle Krebs a ainsi ­récemment coorganisé le Hackathon Women Innovation, un concours ouvert à tous qui vise à promouvoir la place des femmes et la mixité, ­auquel sept de ses collaborateurs ont assisté. Une expérience convaincante. « Cela représente à la fois un mode d’apprentissage et un moyen de stimuler l’innovation », assure la directrice. À tel point que la participation a été comptabilisée comme du temps de formation. La présence d’experts enca­drant l’événement a rendu la démarche crédible. « On a fixé des objectifs pédagogiques, tels que la capacité à travailler en groupe, le reverse mentoring, le développement de connaissances sur le digital… », complète-t-elle.

Une démarche simi­laire à celle engagée voilà un an par Axa. Le groupe organise son deuxième hackathon interne en avril, après une première expérience concluante en février 2015. « Par ce biais, on sensibilise les collaborateurs à de nouveaux modes de management », justifie Nicolas Rolland, directeur de l’innovation de l’assureur.

Appliqués à l’entreprise, ces challenges permettent moins d’apprendre à coder que de mettre en pratique des méthodes de travail agiles. Derrière les temps forts des rencontres se cachent plusieurs semaines de préparation et de formation. Des start-up comme Agorize ont saisi ce créneau. BeMyApp en profite pour former les salariés aux principes de l’expérience utilisateur, à la conception de maquettes, voire à la méthode de gestion de projets scrum, pratiquée par les entreprises informatiques pour améliorer leurs produits. « Avec Internet, on a tous les outils à disposition pour créer une application ou pour faire une étude de marché. Il est possible de présenter la première version d’un projet sous une forme plus convaincante qu’un PowerPoint », affirme John Karp, l’un de ses cofondateurs.

Au-delà de la formation, ces challenges révèlent aux managers et aux salariés les talents qu’ils ont en interne. 85 % des participants du Hackathon Women Innovation ont cité « l’intelligence collective » comme principal apport de l’événement. Sur les 200 personnes présentes, 77 % ont aussi apprécié « la diversité des profils et des compétences ». « J’ai été frappée par la capacité des uns et des autres à se projeter, à pitcher un projet de manière convaincante, sans avoir de compétence particulière au départ », indique Emmanuelle Krebs.

Des compétences que la routine ou le cloisonnement peuvent masquer… Celui orga­nisé chez ALD Automotive a, lui, permis à Faustine Andres, jeune chef de projet IT, de présenter une idée qui lui trottait dans la tête. Même si celle-ci n’a pas été retenue en compétition officielle, elle a attiré l’attention de ses chefs, ce qui lui a permis de mobiliser plusieurs services. « Quand on ne réunit que des informaticiens autour d’un projet, il n’est pas toujours utilisé ou utilisable, note-t-elle. Là, on a pu casser les silos. »

Lits de camp

Travail en grandes équipes, sans hiérarchie, dans l’urgence et la bonne humeur… les hackathons détonnent avec le quotidien du travail, où pèsent les procédures et les relations hiérarchiques. « J’avais des idées, mais elles n’ont jamais passé la plate-forme d’innovation interne », raconte Gautier, ingénieur dans un fleuron industriel français. Avec des collègues et grâce au soutien du management, il a monté un « start-up week-end ». Le principe ? Réunir dans l’entreprise, pendant trois jours, des salariés désireux d’innover. Sur les sujets de leur choix, pas forcément liés au business.

Cinquante collaborateurs ont participé à l’expérience. « Être ensemble pendant plus de vingt-quatre heures crée une ambiance particulière. Vu qu’on travaillait sur les thèmes de notre choix, on n’était pas dans le cadre du contrat de travail. Ça a facilité notre démarche », explique ce jeune de 28 ans. Des lits de camp étaient même à disposition, avec le feu vert de la DRH et du CHSCT !

« Les hackathons sont une infusion de culture entrepreneuriale », décrypte Philippe Silberzahn, professeur en management de l’innovation à l’EM Lyon. Pour l’auteur de Relevez le défi de l’innovation de rupture (éd. Pearson, 2015), « cette approche est très positive car elle s’appuie sur les salariés. Pour une fois qu’on leur fait confiance ! ». Et l’auteur de mettre en garde contre un écueil de ces concours… celui de n’y donner aucune suite. « Le piège est de le voir comme une finalité, que chacun rentre chez soi après la cérémonie. Quand on est parvenu à créer une envie, il ne faut pas y couper court. Sinon, les salariés risquent d’être très frustrés. » Hackathons, des jeux dangereux ?

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