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L’ancrage bien réel de la réalité virtuelle

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L’ancrage bien réel de la réalité virtuelle

Rien de tel qu’une immersion en situation pour acquérir gestes et procédures. La mise au point de nouveaux masques rend la réalité virtuelle beaucoup plus accessible. Et ouvre la voie à de multiples applications.

par Xavier de la Vega 26/05/2016 Liaisons Sociales Magazine

L’ancrage bien réel de la réalité virtuelle
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L’homme se livre à un étrange manège. Coiffé d’un masque de plastique noir, équipé d’une manette dans chaque main, il décrit un parcours extrêmement précis dans… une salle vide. Il s’avance, tourne à angle droit, semble contourner un objet invisible, fait demi-tour. Il pousse une manette devant lui, décrit un mouvement circulaire avec l’autre, poursuit son chemin. S’agit-il d’une séance de mime ? D’un jeu ? Non, d’une très sérieuse séance de formation. La scène a lieu dans les locaux de MiddleVR, une société qui crée des applications de réalité virtuelle – VR, pour virtual reality – à destination des entreprises.

Revêtir, à son tour, le fameux masque permet de donner tout son sens au curieux manège observé. Une fois équipé, vous êtes brusquement transporté à l’air libre, sous un ciel bleu immaculé, devant la structure tubulaire d’un poste de détente de gaz qui, à vue de nez, s’étend sur une vingtaine de mètres carrés. Un endroit stratégique : c’est ici que le gaz de ville est décompressé pour atteindre les 4 millibars réglementaires. ­Votre mission ? Vérifier la pression dans les différents points du circuit. Et voilà qu’à votre tour, vous vous agitez pour saisir des manomètres, contourner des tuyaux, actionner des vannes, prendre des mesures. Tout d’un coup, une colonne de vapeur s’échappe d’un tuyau. Aïe ! vous avez oublié de revisser un boulon !

C’est l’opérateur de réseau GRTgaz, filiale à 75 % d’Engie, qui a commandité cette formation. « Un groupe de techniciens avait créé un simulateur de poste de gaz dans un fichier Excel : on saisissait une valeur en millibars dans une case et on obtenait la pression correspondante dans les autres points. Ils ont eu l’idée de développer une simu­lation plus réaliste et ont soumis leur projet au « challenge innovation », un concours interne. Leur projet a été retenu. « La réalité virtuelle est apparue comme un outil de formation plus performant », ­explique Marie-Ève Defauwe, directrice de l’innovation de GRTgaz. L’application est destinée aux techniciens de maintenance ; 500 des 3 000 salariés de l’entreprise sont directement concernés par la formation.

Nouvelle ère

En elle-même, la formation en réalité virtuelle n’a rien d’inédit dans le monde du travail. Depuis la fin des années 1990, les compagnies aériennes sont par exemple équipées de simulateurs de vol grandeur nature. Les pilotes s’y entraînent à atterrir et à décoller sur tous les aéroports du monde et y répètent des procédures d’urgence. Comme la technique de l’amerrissage, que très peu accompliront un jour. À l’image du transport aérien, d’autres activités se sont lancées, tels l’entretien d’éoliennes ou l’application d’enduit industriel.

Mais jusque-là, elles recouraient généralement à des dispositifs de type Cave (cave automatic virtual environment) : les apprentis, lunettes 3D sur le nez, évoluent devant plusieurs écrans avec lesquels ils interagissent grâce à un système de capture de leurs mouvements. Des équipements très coûteux – de plusieurs dizaines à quelques centaines de milliers d’euros – et difficiles à transporter. De quoi limiter la diffusion de la réalité virtuelle.

Le dispositif mis au point par MiddleVR pour GRTgaz est symbolique de l’émergence d’une nouvelle ère. « L’arrivée des masques va démocratiser la réalité virtuelle », analyse Michel Perrinel, directeur du département infographie 3D à l’Université catholique de l’Ouest. Une entité située à Laval, au sein du cluster de la réalité virtuelle française. De fait, le prix des équipements baisse drastiquement. Il n’en coûte ainsi que 3 000 euros pour un masque et un ordinateur dédié. Auxquels il faut néanmoins ajouter les frais de développement des applications. Un nouveau créneau qui voit fleurir les éditeurs : Emissive, Reviatech, EON, List CEA…

Signe que la diffusion est à l’œuvre, et pas seulement dans les multinationales, la société laval­loise Clarte prépare un programme de formation virtuelle en peinture de pièces métalliques, à destination notamment des PME. « Pour les entreprises, ce type de formation est souvent un casse-tête. Car cela suppose d’arrêter la production sur un poste, de gâcher de la peinture et de mettre des pièces au rebut », argumente Pascal Hochart, président de SDI Services, une société de services à l’industrie et au BTP, partenaire du projet. De grosses difficultés que la VR permet de faire disparaître.

Situations de stress

Les métiers à risques sont naturellement les premiers à se saisir de ces nouveaux usages numériques. La société Immersion-Tools développe ainsi une formation de scaphandrier en réalité virtuelle, en lien étroit avec l’Institut national de plongée professionnelle de Marseille. « Le quotidien d’un scaphandrier consiste moins à explorer de beaux fonds marins qu’à intervenir dans des stations d’épuration ou des étangs. La réalité virtuelle permet de recréer des situations de stress, dans lesquelles il faut par exemple retrouver rapidement des objets alors que l’eau se trouble », détaille Philippe Carrez, P-DG d’Immersion-Tools.

« La VR s’avère particulièrement intéressante dans tout ce qui relève de l’apprentissage de gestes ou de procédures dangereux, coûteux ou difficiles à reproduire », analyse Michel Perrinel. D’autant que les technologies immersives de la réalité virtuelle aident à intégrer les gestes. « On réinvestit son corps et sa perception dans un espace, ce qui confère une connaissance intime d’un geste ou d’une procédure », poursuit l’universitaire.

À GRTgaz, la formation des nouvelles recrues se faisait jusque-là largement « sur le tas ». En constituant des binômes composés de débutants et de techniciens chevronnés. Conséquence, les jeunes ne pouvaient observer que les situations auxquelles ils étaient confrontés sur le terrain. Avec l’application développée par MiddleVR, les anciens ne disparaissent pas. Lors des formations, un tuteur sera toujours présent dans la pièce, mais il pourra accompagner les stagiaires dans une très grande variété de mises en situation, y compris des procédures d’urgence.

La simulation du circuit de gaz s’avère d’ailleurs à ce point fidèle que l’application peut susci­ter de véritables débats entre professionnels. « Lors d’un test, l’un des techniciens a relevé une me­sure non conforme. Ses collègues et lui ont d’abord cru à un bug. Mais après avoir mesuré la pression à tous les points du poste de détente, ils ont repéré qu’il y avait bel et bien une erreur de réglage », raconte Christophe Gouet, le chef de projet. Dans les prochains mois, l’application sera diffusée auprès de tous les techniciens de GRTgaz. Et d’autres entreprises suivent le même chemin, à l’image de l’électricien RTE.

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