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Les DRH fatalistes face à l’absentéisme des salariés

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Les DRH fatalistes face à l’absentéisme des salariés

L’enquête du cabinet Réhalto dévoilée en exclusivité par LSM révèle le peu d’intérêt des DRH pour la prévention des arrêts de travail.

par Chloé Joudrier 06/06/2016 Liaisons Sociales Magazine

Les DRH fatalistes face à l’absentéisme des salariés
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Surprenant ! 63 % des DRH avouent n’avoir aucune idée du coût de l’absentéisme pour leur entreprise. Un chiffre tiré de la deuxième étude du cabinet de conseil Réhalto, réalisée par OpinionWay, portant sur la vision des arrêts de travail (hors congés de maternité et de paternité). Y ont participé 1 515 salariés et 305 DRH d’entreprises de 50 salariés et plus. Sans vraiment connaître le coût, ces derniers l’évaluent entre 0,5 % et 2 % de la masse salariale, nous apprend l’étude. « Un montant sous-estimé, selon Christian Mainguy, directeur général de Réhalto. Les DRH devraient pouvoir mieux l’évaluer pour que la question de l’absentéisme parle à tout le monde. » Sauf que le calcul de cet indicateur, véritable thermomètre du climat social, s’avère souvent complexe et que les DRH ne sont pas toujours outillés pour l’effectuer seuls.

Ce manque d’implication de la fonction RH n’étonne guère le sociologue Denis Monneuse, spécialiste de la santé au travail. Pour lui, les DRH ne savent tout simplement pas comment aborder la question. « Ils se sentent souvent démunis, ont peur d’en parler aux syndicats et craignent de dégrader le climat social, voire d’être accusés de discrimination. L’absentéisme est pour eux une sorte de fatalité, ils adoptent la politique de l’autruche », analyse-t-il.

Impacts négatifs

Le DRH ne serait pas non plus le plus à même de gérer ce problème. « Il ne peut contrôler au quotidien l’absentéisme, contrairement au manager qui connaît mieux son équipe », explique Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail. Un phénomène qu’il faut régler grâce à « une démarche collective ». « Car c’est en faisant de l’absentéisme un objet de préoccupation commune qu’il devient possible de le réduire et de prévenir son emballement », estime le spécialiste.

Les DRH ont ainsi de vrais leviers à actionner. À commencer par l’éradication des peurs. D’après l’enquête, quatre salariés sur dix en situation de poser un arrêt ne le font pas. Et 31 % de ceux qui le font disent éprouver de l’appréhension. « En temps de crise économique et de chômage élevé, les gens posent moins d’arrêts. Qu’ils soient en emploi précaire ou non », confirme Denis Monneuse.

Pourtant, du côté des DRH, une majorité assure que cela n’a pas d’incidence sur la carrière du salarié. Un résultat auquel Thierry Rousseau, de l’Anact, ne croit pas vraiment. « Le seul fait que l’absentéisme ait un coût implique que les employeurs ne le voient pas d’un bon œil. » De fait, DRH comme employés sont conscients des impacts négatifs des arrêts de travail sur le collectif. Trois salariés sur quatre les estiment générateurs de surcharge de travail pour leurs collègues. « L’interdépendance entre salariés est plus grande aujourd’hui. Si quelqu’un manque dans une équipe, c’est difficile d’assurer derrière », constate Thierry Rousseau. Si la grippe et les rhumes sont les causes principa­les des arrêts de travail, 20 % des ­employés sondés estiment quand même qu’ils sont directement liés au travail. Un signal d’alarme que les employeurs ne prennent pas suffisamment en compte. « Secret médical oblige, il y a une asymétrie de l’information. Le DRH ne connaît pas le motif de l’arrêt », rappelle Christian Mainguy.

Reste que les études montrent que de bonnes conditions de travail, un climat convivial et un poste au contenu satisfaisant diminuent les absences pour raison de santé. « La maladie dépend souvent de la motivation au travail », abonde Denis Monneuse. D’où l’importance d’agir sur ces champs, en prévention. Là aussi, les entreprises ont encore un sacré chemin à parcourir. Seuls 40 % des DRH disent avoir déjà mis en place des mesures. « On a l’impression que les DRH lèvent le pied. Les plans d’actions ont tendance à reculer. La France est en retard sur la prévention », juge Christian Mainguy. De fait, même les actes obligatoires, comme l’insertion d’un volet risques psychosociaux dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, restent très inégalement mis en œuvre.

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