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Pourquoi le Medef perd son Monsieur social

Le départ d'Antoine Foucher, en charge des dossiers sociaux au Medef, symbolise l'orientation de plus en plus libérale de l'organisation patronale. Une ligne que le directeur général adjoint ne pouvait plus assumer.

par Manuel Jardinaud et Anne-Cécile Geoffroy 21/06/2016 Liaisons Sociales Magazine

L’idée lui trottait dans la tête depuis un moment. Elle est officielle depuis lundi 20 juin. Antoine Foucher, directeur général adjoint du Medef en charge des affaires sociales, a démissionné de son poste. Un départ symbolique quatre jours après l’échec de la négociation sur l’assurance chômage où les « libéraux » de l’organisation patronale ont pris clairement le dessus sur les « réformistes », dont Antoine Foucher était l’incarnation. Et la veille de la présentation des propositions du Medef pour la présidentielle.

L’ancien conseiller technique auprès de Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, confirme un choix qu’il mûrissait depuis plusieurs mois : « C’est assez naturel pour moi aujourd’hui d’aller travailler pour une entreprise après dix ans au sein d’institutions comme le Sénat, un cabinet ministériel et, donc, le Medef. » Il ironise : « Je veux maintenant vérifier que les dispositifs que j’ai contribué à construire fonctionnent ! »

Minoritaire dans son propre camp

Il est attendu chez Schneider Electric France début septembre où il sera en charge de l’innovation et des relations sociales. L’occasion aussi d’être plus libre dans son engagement politique, lui qui est proche des idées d’Alain Juppé. Un observateur de la sphère sociale va plus loin : « C’est une façon de préparer un avenir politique, car il est difficile de passer directement du Medef à un poste gouvernemental. »

Antoine Foucher savait aussi que les mois à venir, avec la présidentielle en perspective, allaient faire perdre du sel à sa fonction, faute de négociations interprofessionnelles majeures. Mais il se sentait surtout minoritaire dans son propre camp où les fédérations comme le BTP ou le Syntec, et plus globalement celles des services, à la doctrine sociale très libérale, pèsent de plus en plus lourd. Et ont réussi à bloquer une possibilité de compromis sur l’assurance chômage que portait le sherpa du social avec l’appui de l’UIMM et de son président Alexandre Saubot.

Regain des "antisociaux"

Un ancien baron du Medef reconnaît comme légitime le départ d’Antoine Foucher pour construire son parcours professionnel. Tout en insistant sur la difficulté qu’il avait effectivement à exister dans « un Medef où le débat est difficile entre les tenants du paritarisme et ceux qui n’y croient pas. On observe vraiment un regain des antisociaux. » Pour lui, « Antoine Foucher considère que la démocratie sociale d'aujourd'hui, même si le dialogue peut être amélioré et le paritarisme simplifié, est préférable à la loi du marché ou aux décisions entre les mains du gouvernement. » Une doctrine que ne porte pas Pierre Gattaz aujourd’hui. « Les circonstances ont donc accéléré la mise en œuvre de sa décision », ajoute-t-il.

L’agenda social – hors loi Travail – va être allégé d’ici à mai 2017. Avec le départ d’Antoine Foucher, le Medef perd néanmoins son meilleur atout pour recréer de la confiance avec les syndicats dans cette période a priori plus calme. Car, de façon quasi unanime, les représentants des confédérations louent son sens de l’écoute, malgré les désaccords de fond.

Luttes d'influence

Michel Beaugas, le nouveau chef de file du social chez Force ouvrière, évoque « un homme compétent, prêt à porter des propositions dès lors qu’elles sont acceptables pour le Medef. On perd un interlocuteur de qualité. » Dans sa confédération, l’analyse est claire : les ultralibéraux ont gagné.

Aujourd’hui certainement. A moyen terme, rien n’est moins sûr. Les luttes d’influence s’intensifient entre les tenants d’une démocratie sociale minimale, incarnée par les deux vice-présidents du Medef Geoffroy Roux de Bézieux et Thibault Lanxade, et les réformistes, comme Alexandre Saubot à la métallurgie et Florence Poivey à la plasturgie. En ligne de mire, la succession de Pierre Gattaz en 2018. L’UIMM va encore agiter le chiffon rouge de son indispensable soutien financier pour mettre au pas « les faucons du Medef ». Une bataille qu’Antoine Foucher regardera désormais de loin.

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