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"Il faut une Europe de la solidarité, pas du moins-disant social"

Interview


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Joël Decaillon, vice-président exécutif de Lasaire

"Il faut une Europe de la solidarité, pas du moins-disant social"

Ancien secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats, Joël Decaillon déplore la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. L'ex-cégétiste plaide pour un retour à une harmonisation par le haut des règles sociales.

par Stéphane Béchaux 24/06/2016 Liaisons Sociales Magazine

"Il faut une Europe de la solidarité, pas du moins-disant social"
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Que vous inspire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

C’est une issue très pénible, qui consacre l’échec des politiques européennes. Les Britanniques ont toujours été très critiques vis-à-vis de l’UE, qu’ils voyaient uniquement comme un grand marché. Leurs dirigeants tiraient à boulets rouges contre tout projet d’une Europe de la solidarité et de la cohésion. Cet échec, c’est donc celui de leur propre vision.

Quel rôle le Royaume-Uni a-t-il joué dans la construction d’une Europe sociale ?

Un rôle très faible. Le patronat britannique a passé son temps à résister, il a très peu fait pour porter des éléments de cohésion sociale, de solidarité. Il s’est surtout battu bec et ongles pour obtenir la fameuse clause d’opting-out, lui permettant de ne pas appliquer la directive sur le temps de travail. Dans ce combat, il a pu compter sur l’appui des gouvernements conservateurs. Voire de ceux travaillistes, qui sont restés très en retrait et n’ont pas voulu s’opposer aux banquiers de la City.

L’Europe sociale peut-elle reprendre de la vigueur avec le Brexit ?

On ne peut pas se réjouir de la sortie du Royaume-Uni. Les appels au nationalisme et au repli sur soi vont se multiplier partout. Il faut que les pays membres de l’UE affichent une volonté claire de régler les problèmes. La concurrence entre les salariés des différents États ne peut être le moteur de la construction européenne. Il faut une Europe de la solidarité, pas du moins-disant social. En ce sens, la directive sur le détachement est très symbolique de la perversion de l’idée européenne. Elle visait, à l’origine, à faciliter la circulation des travailleurs au sein de l’UE et a abouti à faire du dumping social.

Que préconisez-vous pour redonner de l’élan à l’idée européenne ?

L’article 2 du Traité de Rome visait à promouvoir une harmonisation par le haut des règles sociales. Et il a été abandonné. Il faut revenir à cet esprit, remettre les peuples et les travailleurs au cœur du projet européen. Et c’est peu dire qu’on s’en est beaucoup éloigné. Pour maintenir le Royaume-Uni dans l’UE, les États membres avaient fait beaucoup de concessions au Premier ministre britannique, David Cameron. Ils avaient accepté des reculs sociaux très importants en matière de circulation des travailleurs et des droits sociaux. Maintenant, il est grand temps de faire l’inverse.

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