Affluence et public inhabituels pour la très chic boutique Prada de l’avenue Montaigne à Paris, le 7 mars dernier. Emine Arslan et Nuran Gulenc, soutenues par l’association Peuples solidaires et le collectif Ethique sur l’étiquette, ainsi que par la CFDT, devaient y solliciter un entretien avec la responsable des lieux et y répondre aux questions des journalistes.
Ces deux ouvrières de l’usine turque Desa, après deux jours passés en Italie, viennent en effet dénoncer, en France, les conditions de travail qui règnent dans les ateliers et la discrimination antisyndicale pratiquée par ce sous-traitant de Prada (pour sa marque Miu-Miu) et de quelques autres marques européennes comme Marks & Spencer ou Mulberry. « Les 1 200 ouvriers de cette usine turque travaillent jusqu’à 40 heures d’affilée et ce, jusqu’à trois fois par semaine, explique Fanny Gallois, de Peuples solidaires. En 2008, les ouvriers ont tenté de se syndiquer auprès de l’organisation Deri Is, qui représente les travailleurs du cuir en Turquie ; 44 d’entre eux ont été licenciés pour cette raison. » L’ONG dénonce, en outre, un chantage et des tentatives de corruption à l’égard d’Emine Arslan, responsable syndicale de l’usine d’Istanbul, pour l’inciter à abandonner ses poursuites contre Desa et à faire cesser les manifestations devant l’usine.
« Nous ne comprenons pas cette campagne, explique la direction de Prada à Milan, habituellement discrète sur ses affaires. Nous avons un code de déontologie sur les droits sociaux, et Desa a fait mener des audits par Lloyd’s (LRQA) et Veritas. Avec d’autres donneurs d’ordres, nous avons aussi missionné SGS pour un audit en février dernier. Aucune irrégularité n’a été trouvée. D’autre part, nous envoyons en Turquie, chaque semaine, des inspecteurs internes. » Le ministère turc du Travail avait en outre mené, sans succès, des inspections chez Desa. « Les auditeurs n’ont rencontré aucun des membres du syndicat, rétorque Mariano Fandos, du service international de la CFDT et représentant de cette organisation au sein d’Ethique sur l’étiquette. D’autres donneurs d’ordres se sont dit prêts à prendre des mesures. Prada se retranche derrière des audits, dont on sait qu’ils ne sont pas toujours infaillibles. »
La marque italienne, sensible à son image, semblait pourtant prête, à la fin de la semaine dernière, à examiner de nouveau ce dossier.
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