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La réparation du burnout achoppe sur sa définition

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La réparation du burnout achoppe sur sa définition

Entretien avec Patrick Maddalone, Sous-directeur des conditions de travail, de la santé et de la sécurité au travail, Direction générale du travail 

16/03/2017 Semaine Sociale Lamy, n°1761

Semaine sociale Lamy : Comment définir le burnout ?

Patrick Maddalone : C’est toute la difficulté. Il n’existe pas, à ce jour, de définition clinique du burnout. Il ne fait pas l’objet d’un diagnostic officiel dans les classifications médicales de référence que sont la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-10) et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DMS-V) de l’association américaine de psychiatrie. Le burnout n’est pas une maladie, c’est un syndrome qui regroupe un ensemble de signes cliniques et de symptômes que l’on peut retrouver dans les classifications. Ces symptômes apparaissent progressivement chez l’individu. Pas tous de la même façon. Pas tous au même moment. Et il n’existe pas forcément de lien causal entre la définition du syndrome d’épuisement professionnel et l’élément qui en est à l’origine. Il peut, par exemple, se traduire par une dépression, un état d’anxiété ou un état de stress proche cliniquement du stress post-traumatique. Ce sont effectivement des pathologies référencées, mais qui ne sont pas liées au seul burnout. L’origine professionnelle peut être reconnue, mais le lien de causalité entre l’état clinique du salarié et une situation particulière au sein de son travail n’est pas évident à établir.

Quid de son inscription dans un tableau de maladie professionnelle ?

P. M. : Établir un tableau de maladie professionnelle du syndrome d’épuisement professionnel implique de trouver un consensus sur son diagnostic clinique, mais aussi de pouvoir faire le lien avec une cause professionnelle et définir les activités concernées. En l’état des connaissances, cela semble difficile. Les travaux se poursuivent. La ministre des Affaires sociales et de la Santé a confié, en avril 2016, à la Haute autorité de santé le soin de définir médicalement le burnout et d’élaborer des recommandations de bonnes pratiques à destination des professionnels de santé et des médecins du travail sur le repérage, la prévention, et la prise en charge de ce syndrome, ainsi que l’accompagnement des victimes lors de leur retour au travail. Tant que le syndrome d’épuisement professionnel et les conditions dans lesquelles il peut être imputable à l’activité professionnelle ne seront pas définis,
il semble difficile d’établir un tableau de maladie professionnelle correspondant. Pour mémoire, un tableau se compose de trois colonnes : la désignation de la pathologie, c’est-à-dire ses signes cliniques ; la liste des travaux susceptibles de provoquer ces maladies, identifiés par secteurs d’activité – or dans le cas du burnout tous les secteurs peuvent potentiellement mettre en place un système de management générateur de burnout ; le délai de prise en charge, et là encore difficile de déterminer des règles précises.

Quelle est la voie privilégiée en matière de réparation ?

P. M. : Les assouplissements qui ont été apportés pour permettre à ces pathologies d’être reconnues dans le cadre de la voie des comités régionaux de reconnaissance de maladies professionnelles (CRRMP) commencent à produire leurs effets. Le nombre de pathologies reconnues est passé d’une centaine à plus de quatre cents en 2015. Ces chiffres sont largement supérieurs à ceux d’autres pays européens qui s’intéressent au phénomène. Ces éléments sont de nature à permettre une reconnaissance du burnout sans disposer d’un tableau de maladie professionnelle. Nous devons suivre attentivement l’évolution du nombre de maladies reconnues par cette voie avant de déterminer s’il y a lieu, ou non, de modifier à nouveau les dispositions en matière de reconnaissance de maladies professionnelles liées au syndrome d’épuisement professionnel.

Quelle est l’action de la DGT dans ce domaine ?

P. M. : Dans la continuité du plan précédent, le Plan santé au travail 2016-2020 (PST 3) mis en place par les partenaires sociaux privilégie la prévention primaire à la réparation. Dans ce cadre, l’action inscrite dans le plan vise à prévenir les risques psychosociaux qui peuvent être à l’origine du déclenchement d’un syndrome d’épuisement professionnel. Toute la difficulté réside dans le fait que malgré l’identification de certains facteurs communs, chaque situation reste particulière. Ce qui peut produire du burnout chez l’un, peut avoir l’effet inverse pour un autre salarié et le stimuler. Si certaines études permettent d’identifier un nombre potentiel de salariés exposés à un risque de burnout, notre objectif est de permettre une prise de conscience de l’existence de ce risque et garantir ainsi la mise en œuvre de mesures correctrices avant que les symptômes ne se déclenchent. Nous travaillons donc à l’élaboration d’outils permettant d’identifier ces signaux d’alerte collectifs et individuels pour aider les managers à s’interroger sur leur organisation et prévenir les risques avant que le syndrome ne survienne. Dans cette optique, la DGT a publié, en 2015, un guide de sensibilisation « Mieux comprendre pour agir » qui aide les managers, les médecins du travail, à se poser les bonnes
questions pour pouvoir identifier les situations qui, si elles ne sont pas prises en considération, peuvent générer chez un individu ou une équipe un syndrome d’épuisement professionnel. Il peut par exemple s’agir de l’intensité du travail, du temps ou de la charge de travail, de l’autonomie laissée aux salariés, etc.

En quoi le PST 3 a-t-il renouvelé la réflexion ?

P. M. : Le PST 3 nous permet en effet d’appréhender le burnout dans le cadre plus global des risques psychosociaux puisqu’il prévoit pas moins de cinq actions comme un état des lieux de l’offre de service, la constitution de réseaux régionaux d’acteurs, notamment de consultants spécialisés en prévention capables d’intervenir dans les entreprises pour améliorer les situations, l’amélioration de l’outillage pour prévenir les risques psychosociaux, et parmi les dispositions plus spécifiques le renforcement de la prévention du burnout. Pour la réalisation de cet objectif, la Direction générale du travail s’appuiera…

Propos recueillis par Sabine Izard

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